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■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae

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MessageSujet: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   19.06.14 15:06


Golden Krone. Sacré baraque que voilà. J'ai du mal à me défaire de ce nom, empli d'un grand prestige, qui ne semble décidément pas du tout coller à ma pauvre tronche de texan égaré. L'Angleterre, l'Europe. Je suis bien loin de mes origines pour le coup. Un établissement crée à l'initiative de la reine Elisabeth II, grande personnalité très important pour le cœur des britanniques. Bro', tu vois, j'ai bien appris ma leçon. Je lève la tête vers les cieux et pour la première fois depuis bien longtemps, je me sens petit devant ces trois écrasants bâtiments. J'ai déjà servi dans de grandes baraques. Mais une comme ça, jamais. Et dire que je pensais qu'aux Stats', on avait l'habitude de voir en grand... Il faut que je remballe mes idées reçues et vite fait bien fait. Qu'est-ce que t'en dirais, toi, Bro? Que je perds mon temps ici, je paris. Et peut-être bien que tu as raison. Après tout, je ne sais pas pourquoi moi-même, j'ai décidé de suivre ces conseils bidons qui me disaient que je pourrais devenir un bon domestique, bien payé. Parce qu'étudier dans une académie prestigieuse, oui madame, ça signifie surtout finir un jour par être bien payé. Par recevoir un pognon à la hauteur de la gratitude que l'on te doit. Pour moi, le pauvre miséreux du sud des Etats-Unis, être accepté dans cette académie sonne un peu comme une revanche que j'aurais dû prendre depuis trop longtemps déjà. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le travail de domestique ne me fait pas peur. Jouer les larbins, c'est une sorte de secondes natures. Et quand on regarde mon CV, on s'en rend bien vite compte. Garde-du-corps diplômé, chauffeur, videur de boîte de nuit. Que ce soit pour les travailler au corps ou pour simplement les conduire quelque part, j'ai toujours bien fait mon travail. Jamais virer de quelque part, toujours partie de mon propre chef quand je commençais sérieusement à en avoir marre. Parce que j'ai l'air d'un idiot, parce qu'on se fiche de moi, parce qu'on me paye jamais autant qu'on le devrait. Ce n'est pas que j'aime l'argent. Mais je le dépense un peu trop vite. J'ai jamais eu l'habitude vraiment d'en avoir en fait... M'enfin je suis quand même toujours plus consciencieux que tu ne l'étais Bro' ! Oui, quoi que je fasse, j'en reviens toujours à toi. J'ai besoin de ton avis. De savoir que tu m'écoutes, de penser que tu es toujours là, à mes côtés.

Le décalage horaire, bon dieu. Qui a inventé cette m*rde ? Je suis déjà pas en forme de nature, avec mes insomnies ravageuses, mais là c'est pire que tout. Je dois pourtant à tout prix éviter de monter  dans ma chambre, parce que ce n'est que le début de l'après-midi : il ne faudrait pas que je m'endorme et que je me réveille pendant la nuit. Soupire. Bon qu'est-ce que je vais faire de ma carcasse jusque là ? J'ai toujours les deux pieds ancrés dans le sol du marbre rouge de l'allée principale pour admirer la vue. J'avoue que ce jardin botanique m'intrigue beaucoup, surtout que d'après ce que j'ai compris pendant mon test de compétence, je serrais amener à étudier le jardinage de près si je veux devenir un bon larbin bien britannique. Autre soupire. Non les fleurs, le calme tout ça, ça va juste me donner envie de faire une sieste vite fait bien fait dans l'herbe jusqu'à l'heure du dîner. Parce qu'il n'y a qu'une chose qui puisse me réveiller dans ces cas-là : l'odeur des cuisines. Vu ce que j'y ai mangé tout à l'heure, j'ai déjà hâte d'être à ce soir pour renouveler l'expérience. Rien que pour la bouffe, je ne regrette pas les huit heures de trajet en avion, avec les jambes pliés en trois pour réussir à tenir dans le siège de la seconde classe. Non, faut que j'arrête de soupirer là. Il faut que je bouge. En évitant le bâtiment où se trouve le pensionnat et donc la tentation fatal de remonter trouver mon lit, je reste à l'extérieur bien sagement, profitant du soleil doux et de la brise légère, bien plus agréable que le soleil de plomb de mon pays d'origine qui, à la même heure, serait en train de me cramer la nuque sans aucune pitié. Les mains dans les poches trop petites d'un pantalon trop petit, je croise quelques personnes, sans doute égarées tout comme moi, qui semble se déboîter le cou pour observer d'un peu plus près si, le colosse qu'il vienne de croiser, est bien pourvu d'une tête ou non. Ah ça, j'ai l'habitude. Je les ignore simplement. Ou je me voûte un peu plus que je ne le suis déjà.

Je suis les panneaux et bien que j'écrive parfaitement comme un gamin de six ans, je sais encore lire et me dirige sans trop de mal vers le gymnase. Le sport, c'est un bon moyen de se vider la tête, de penser à rien tout en suant comme une bête. Autrement dit : une activité faite pour moi. Plus friand des sports individuels, ne me demandez pas pourquoi, je me suis dirigé vers la salle des tatamis, en entendant qu'un cours était en train de s'y dérouler. Chouette gymnase aussi en passant. Mais bon, j'avais déjà vu plus grand à New York. En même temps, on ne peut pas être les meilleurs partout hein. La porte était grande ouverte, je pense qu'ils étaient tout seul dans le gymnase pour le moment. Peut-être est-ce un club de quelque chose ? J'en sais trop rien mais j'ai envie de voir ce qui s'y passe. Et vu le baroufle que j'entends, je risque pas trop de m'endormir. Entre les bruits de chute, de coup, de froissement de kimono, des cris poussées sous l'effort, je pense que mon ouïe fine aura du mal à trouver le repos. Bien que je sois crevé puissance douze avec la fatigue du long voyage dans mes grandes pattes. La salle est grande, lumineuse avec ses nombreuses ouvertures vers l'extérieur qui s'ouvrent sur une forêt. La température a grimpé dans cette pièce. En même temps, vu le nombre de gosses qui suent en ce moment même sur le tapis c'est pas étonnant. Je m'en vais, le plus discrètement possible m'asseoir sur un banc au fond, mais comme d'habitude, mon imposante présence ne semble échapper à aucun d'eux. Dommage. « Vous êtes en retard ? Le cours a déjà commencé vous savez. » La voix autoritaire du prof' a le mérite de me réveiller un peu plus. Mais ce n'est pas encore ça. Je racle d'abord ma gorge, histoire de pas trop avoir la voix éraillé après mes longues heures de silence et fait un petit signe de la main en répondant : « Non non. Je voulais juste regarder. » Puis après une petite pause, pas bien sûr de moi : «  Je peux ? » Etant donné que je me suis déjà assis et que ma voix a sans doute été moins douce que je ne l'aurais voulu, il hocha simplement la tête. « Faites ce que bon vous semble. » Mais c'est que ça cause bien dans ce pays ! Va falloir que je me mette à la page. Bon dieu, j'ai encore du chemin à faire avant de réussir à m'intégrer. Mais après tout, ce n'est pas vraiment une surprise.

Le cours est plutôt intéressant. Des arts martiaux j'en ai déjà fait. Mais pas des comme ça. De voir tous ses minots se donner à fond comme ça, ça fait vraiment plaisir à voir. Puis y'a des gamines bien foutues aussi. Très agréable à regarder tout ça. Je les aurais bien rejoins, mais je pense pas que ça aurait beaucoup plu à leur professeur. Il me jette parfois des regards en coin, d'ailleurs. J'ai pas le droit de mater c'est ça ? Bon, on va vraiment essayer de se concentrer sur ce qu'ils font, ça vaudrait mieux pour moi. Justement, le professeur a fait arrêté les combats pour montrer un nouvel exercice. Ils s'entraînent vraiment sérieusement. J'ai du mal à croire que ça puisse être des amateurs. C'est un jeune homme, à la peau encore plus mâte que la mienne, qui est désigné pour venir montrer aux autres. Calme, sûr de lui, il se lève et s'incline légèrement, avant de commencer sa démonstration. Absolument … époustouflant. Un si petit mec peu donc dégagé autant d'énergie et de grâce ? Ses longs cheveux tressés volent derrière lui, aux rythmes de ses mouvements. Il est précis, concentré, implacable. J'aurais vraiment cru voir un adversaire qu'il détestait plus que tout au monde, face à lui, pour qu'une telle rage explose à travers ses gestes. Mais une rage contrôlée, précise et encore plus redoutable. C'est rare que je philosophe comme ça sur du sport. Mais dans « arts martiaux » il y a avant tout le mot « arts » et ce mec-là en fait une parfaite démonstration. Ça n'aura duré que quelques secondes au final. Et vu le sourire triomphant du professeur, il était ravie de la démonstration de son disciple. Lorsqu'il retourna s'asseoir avec les autres, j'aurais juré qu'il m'avait regardé. Droit dans les yeux. Peut-être était-ce la fatigue ? Mon imagination ? Elle me joue sacrément des tours celle-là quand je suis crevé à un point aussi extrême qu'en ce moment. D'ailleurs, j'avoue que la suite du cours m'a un peu échappé. Un peu beaucoup même. Bien trop vite et malgré moi, je me suis détourné du tatami pour revoir encore et encore, la belle démonstration à laquelle je venais d'assister. Bercé par la précision des gestes de l'inconnu, mon souffle devint alors bien trop régulier, pour finir par emporter le peu de conscience qui me restait. Moi qui me battait toujours pour rejoindre les bras de Morphée chaque nuit, je trouvais la situation bien ironique.
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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   21.06.14 0:50


« Les enfants doivent être indulgents envers les grandes personnes. »





Il était une fois un petit prince qui ne comprenait l’homme. Et l’homme ne le comprenait pas. Mais le petit prince ne lui en tenait pas rigueur, car il savait l’ignorance de l’homme, et il savait sa propre ignorance. Qu’en était-il de l’homme ?

C’est triste et futile. Triste de les voir entraîner leur corps sans comprendre leur esprit, et futile de me faire du soucis à cette idée. Le Kung-fu est un art, et je n’avais pas l’impression que ces élèves ou même ce professeur s’en rendaient compte. Moi-même, je ne connaissais pas tout du kung-fu, mais mon éducation dans le zen huang do me poussait à croire qu’il s’agissait de la même chose à différents niveaux ; il fallait entraîner son corps et son esprit. Le zen huang do était un art martial de paix, qui véhiculait ses principes combattifs par la voie du don de soi et de la méditation, du bouddhisme en lui-même. Tenter d’apprendre cet art martial sans en connaître les tenants et les aboutissants relevait du faux et de l’ignorance…Mais je ne disais rien sur ce sujet, et je préfèrais m’éloigner de ces élèves psychiquement parlant ; la culture occidentale était différente de celle bouddhique, de toutes les autres. Je ne pouvais pas leurs en tenir rigueur non, ils avaient raison. Et je n’avais rien à dire car moi-même je n’atteignais la perfection.

Je pratiquais une seconde fois la technique qu’il venait de nous apprendre. Lever la jambe, la tendre, contrôler son équilibre, et se fier à son qi. Mais ça, il ne l’a pas dit dans son explication…Et pourtant, le qi est fondamental. J’ai serré les mâchoires, bouillonnant lentement à l’intérieur, et je me refusais à croire qu’il ne s’agissait pas du professeur.

Et le petit prince était bien triste que l’homme ne puisse se savoir et savoir dans un même temps. Comme il était triste de ne pouvoir voir sa famille, ni sur terre ni dans le firmament.

Je n’avais qu’une envie ; retourner dans mes appartements et me rouler en boule dans mon lit, même si c’était pour les gosses et non pour les princes, je préférais cela à être ici…Les entraînements en groupe ne me réussissaient pas. Comme les spectateurs. L’instituteur s’éloigna, du coin de l’œil j’observais la scène. C’était quoi ce colosse ?! Pourquoi tout le monde devait être plus grand que moi ? Et là il fallait ajouter un géant à la scène ?!

Le petit prince se demanda pourquoi il passait sa peine sur des futilités plutôt que de voir la vérité en face, la vérité d’une famille absente. Personne ne lui répondit, mais à qui demander ? A l’homme peut-être ?

Concentre-toi sur le mouvement, San’, concentre-toi là-dessus, ne pense pas à ça, ne pense à rien d’autre…Bon sang, c’est dur ! Et le fait de voir le professeur se faire tout petit face à l’étranger ne me réjouissait pas ; pourquoi le laissait-il ici à ne rien faire ? Qu’il vienne pratiquer ! « Petit Prince ? Je vais aborder certaines différences corporelles entre le Kung-Fu et des arts dérivés, vous voulez bien faire une démonstration du Zen Huang Do ? » Ce n’est pas un spectacle, c’est un art…Et j’aurais voulu refuser dans un sens, car je n’étais pas maître d’art martial, alors comment pouvais-je m’octroyer le droit de présenter le Zen Huang Do ? Puis dans un sens, ces regards qu’on me lancerait me feraient du bien. Avoir l’attention, qui n’en voudrait pas, mh ? Et puis, le Zen Huang Do se base aussi sur le principe d’aider son prochain ; n’était-ce pas aider que de montrer la différence ?

Je me suis donc approché, pour ensuite brièvement m’incliner en signe de respect, avant d’attendre le signal du professeur pour agir en conséquence. Sans adversaire physique, c’était ardu, l’imaginer tout autant. A force, je m’y étais habitué ; avec qui pratiquer le Zen Huang Do dans cette école ? Mon esprit était ailleurs, mes mouvements n’étaient pas parfaits, et pourtant le professeur semblait ravi…Moi, j’avais en tête cet homme là-bas qui me regardait, le grand homme. J’ai mieux posé mon regard sur lui, fixer le sien, mais pas assez longtemps pour réellement l’examiner. Assez pour tenter de lui faire passer le message ; ce n’est pas un spectacle ici. Je m’en voulus par la suite ; il n’était pas le seul dans ce cas, tous les non-bouddhistes agissaient ainsi…Rah, aimer son prochain, c’était tellement difficile ! Comment fais-tu, Jigme, pour ne pas haïr, pour ne pas être agacé, pour juste aimé ? J'en étais incapable moi...

Le petit prince continua le cours, l’esprit envolé plus loin, entre les étoiles et un géant aux yeux fermés. Le petit prince vit les hommes partirent un à un, et il se retrouva seul. Il ne fut pas triste, car ce n’est pas l’homme qui lui manque et qui le blesse. Et puis, il n’était pas si seul, il y avait un géant, qui comblait le firmament.

Je décidai de continuer mon entraînement au Zen Huang Do, cette fois-ci avec une tige de bois. Le kimono suivait mes mouvements, et ma tête suivait ma précision. Je me défoulais pour ne pas penser, mais je n’arrivais à rien de concret car la présence de cet homme endormi me turlupinait. Autant dormir dans un lit non ? Je me suis stoppé au bout d’un moment, enlevant le bandeau retenant mes cheveux pour essuyer la sueur sur mon visage avec. Mes yeux vinrent sur le géant, de nouveau. Il dormait encore. Je finis par soupirer, autant de désarroi face à son comportement que face au mien. Bouddha, pourquoi devais-je m’en prendre à chaque petit détail ?! Je passais toute ma rancœur face à ma situation familiale et nationale sur une action bénigne. Ce n’était pas digne d’un prince, même troisième.

J’ai donc pris sur moi, pour retrouver mon calme tout en m’approchant du dormeur d’un pas lent. Aider son prochain, aimer son prochain, je ne devais pas oublier ces préceptes. Alors autant le réveiller pour qu’il puisse se coucher autre part, ou bien agir comme on devrait agir dans une salle de tatamis ; s’entraîner. D’ailleurs, pourquoi pioncer dans un gymnase ?! J’attendis un moment avant d’agir, étant à deux mètres de lui, tout au plus. Sa tête reposait contre le mur de derrière. Il était assez mastoc’, mais ça on devait lui dire souvent. Vu qu’il dormait, autant en profiter pour le relu…détailler.

Et le petit prince observa le géant endormi. Il se dit : un géant peut donc être joli ? Dans ce firmament ci, le géant était charmant. Le petit prince remarqua les oreilles décollées qui dénotaient, et surtout sa peau basanée, loin de celles blanches des autres nobles. C’est un curieux géant, se dit-il. Alors, le petit prince se montra indulgent. C'est rare. Si rare.

Il n’était pas du coin. Sa peau dénotait facilement, et son air était dur sans le vouloir habituellement, je pouvais le deviner facilement. Ses cheveux étaient un bazar…Mais sa peau était belle. On aurait pu dessiner dessus facilement. Par contre, je ne voyais pas sa pierre, donc son rang. Il n’était pas un riche, ou bien ça me surprendrait. J’ai penché la tête de côté, impassible, à le fixer dormir. J’avais envie de le laisser ainsi, il avait l’air épuisé en fait. Un géant aux vêtements trop courts, à la carrure gigantesque mais au visage doux. Je me surpris à sourire. Alors le sourire disparut et j’ai opté pour taper ses côtes avec la tige, regardant ailleurs…Je l’ai ensuite fixé ; pas bougé d’un pouce. Attends, il n’avait pas senti ça ? La tige de bois frappa avec légèrement plus de force sa cuisse ; toujours pas de résultat. Pendant un instant, je le crus mort. Impossible, ses muscles se mouvaient sous sa respiration. Tant pis, va falloir y aller plus fort.

Je me suis rapproché, me penchant - ô joie - pour que mon visage se retrouva en face du sien et je lui ai doucement secouer l’épaule ; pas de réaction. Je n’étais pas réputé patient, et j’avais l’impression d’un foutage de gueule en règle. J’ai donc posé deux doigts contre ses côtes pour attraper une partie du méridien menant à sa tête, afin d’appuyer dessus pour réveiller son cerveau.

« Hé. »

Il ne manquait plus qu’il ouvrit les yeux. J’ai arrêté de pincer ce méridien ; trop aurait pu faire mal et vu sa corpulence je doutais qu’il ne sache se défendre ou qu’il n’ait des réflexes…Et je ne souhaitais pas me coltiner une blessure. Je me suis donc remis debout, tenant mon bâton d’une main tandis que l’autre restait derrière mon dos. J’attendis de voir ses yeux s’ouvrirent, ils étaient noirs, une couleur très belle dans notre pays. Intense, c’était le mot. Ne te concentre pas là-dessus San’…Un Prince ne se sait pas fasciné, il doit être fascinant ! Ma voix se fit comme d’habitude ; calme et ferme à la fois, aimante et neutre. Je le vouvoyais par courtoisie.

« Ce n’est pas un endroit pour dormir ici ou pour juste observer, mais pour s’entraîner. Je vous conseille d’aller à vos appartements pour dormir. Si non, de vous entraîner si vous voulez rester. »

Un silence. Au diable ma curiosité. Ma tête pencha sur le côté, et mes yeux cherchaient les siens pour y déceler quelque chose, j’étirais un sourire poli et à moitié factice.

« Quel est votre nom et d’où venez-vous pour être aussi fatigué ? »





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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   21.06.14 17:04


Tu te tiens devant moi, Bro'. C'est si rare que je puisse te voir aussi nettement. Tu es aussi grand que moi, mais tu n'as pas vieilli d'un pouce depuis ce soir-là. Je suis un peu jaloux. Toi, tu ne verras pas notre corps perdre peu à peu sa force, notre visage se rider au fil des ans et notre mémoire s'effacer peu à peu, choisissant les souvenirs les plus marquants et les plus tristes, pour laisser filer les plus heureux et paisibles. Moi si. Et je serais seul face à cette vieillesse à laquelle nous n'avions même pas eu le temps de penser, toi et moi. Tu me souris, avec la même taquinerie qu'à cette époque, faisant le fier, sûr de toi et te croyant immortel. J'aime te voir comme ça. Comme avant. Avant toute cette me*de. Avant que tu ne préfères ces injections d'extases à ton bon vieux « Jo' ». Je déteste lorsque quelqu'un d'autre m'appelle comme tu le faisais. Parce que j'aurais presque l'impression de t'entendre. Presque envie que ce soit bien toi, qui m'appelait, au moment où je me retourne. Désillusion. Évidemment, ça ne sera plus jamais toi. Plus jamais. Comme cette expression est atroce quand je l'associe à ton existence. Souris moi encore, Bro'. J'ai tant de mal à être privé de toi. Reste encore un peu. S'il te plaît.

Ma vision de toi m'abandonne alors pour en revenir à l'inconnu que je viens d'apercevoir. Il est là, il a pris ta place, juste en face de moi, son visage penché vers le mien. Intéressant revirement.
~ Une voix. Un bruit. Une brève douleur qui m'atteint jusqu'au plus profond de mon sommeil et des paupières qui s'ouvrent péniblement. ~

Ce n'était pas un simple rêve c'est ça ? Oh bon sang, ma lourde tête me paraît encore plus vide que d'ordinaire. Ma nuque est douloureuse, j'ai encore dû me fout*e n'importe comment. Je redresse doucement la tête et prend peu à peu conscience de la réalité de la situation. Je me suis endormi. Encore au mauvais moment. Tu es pas possible, Jo'. L'inconnu est bien là. Mais moins proche. Peut-être n'était-ce qu'un rêve, d'imaginer ce beau visage penché sur le mien. Je ne vois personne d'autres. Le cours est terminé c'est ça ? Il m'observe de ses prunelles très particulières. Pas de doute, il m'a bien regardé de la même manière lorsqu'il eut terminé sa démonstration. Cette couleur, vacillante entre le noisette et le pourpre ne peut pas me tromper. « Ce n’est pas un endroit pour dormir ici ou pour juste observer, mais pour s’entraîner. Je vous conseille d’aller à vos appartements pour dormir. Si non, de vous entraîner si vous voulez rester. » Le contact visuel a été rompu. Je finis de me redresser et vient passer la main derrière mon crâne encore douloureux. Déjà que d'ordinaire je n'ai pas d'une mobilité très gracieuse, ajouté à cela mon épuisement immense lié au voyage et vous obtiendrez à peu près ce que je ressens. De la purée à la place du cerveau ? Oui c'est un peu ça. Alors que j'étirais maintenant les muscles endolories de mon dos, toujours bancal celui-là, je pus constater que l'inconnu à mes côtés semblait un peu agacé par mon silence. Oh. Faut que je fasse un peu plus attention, moi. Je dois vraiment paraître à la ramasse en gardant le silence comme je le fais. S'entraîner ? C'est bien ce qu'il me proposait ? Avec un gosse de ce niveau, ça risque effectivement d'être intéressant. Et de réussir à définitivement me réveiller surtout.

Mais alors que je m'attendais au pire, puisque j'avais parfaitement l'air d'être un zombie tout juste ressusciter, le jeune homme effaça son agacement pour se pencher vers moi et m'offrir un léger sourire, qui brillait comme une bien agréable invitation, après mon réveil tumultueux. « Quel est votre nom et d’où venez-vous pour être aussi fatigué ? » Bon, faut vraiment que je fasse un effort-là. Je me redresse sur mon banc, puis finalement vient poser mes coudes sur mes cuisses, pour essayer de paraître moins immense que d'habitude. Effort parfaitement inutile, comme toujours. Je me raclais une nouvelle fois la gorge, bien décidé à répondre. « De bien trop loin à vrai dire. Je me demande encore pourquoi je suis monté dans cet avion. » Je fis une pause stratégique. Ma voix n'était pas trop enroué. Voilà un détail réjouissant. Je ne veux pas ressembler à un ours. Même si c'est déjà le cas. « Joakim Becker. Je débarque tout droit des Etats-Unis. » Mon accent texan n'a vraiment rien de discret par contre. Moi j'y suis habitué mais j'ai tendance à oublier à quel point il doit être étrange pour un bon britannique non-initié. Mais vu la couleur de la peau de mon interlocuteur, peut-être me pardonnerait-il ces sonorités un peu brutal ? Je tendis ma grande paluche vers lui, pour lui serrer la main, comme deux hommes le font lorsqu'ils se rencontrent.

Je m'appliquais à ne pas serrer cette main délicate qui vint se poser dans la mienne. Même si j'avais de la force, je n'étais pas du genre à vouloir écraser les autres avec celle-ci. Certains de mes employeurs m'y encourageaient. Mais c'était un rôle que je jouais. Jamais je ne chercherais à impressionner qui que ce soit de mon propre chef. Au contraire même, le contact de sa peau dans ma paume eut un tout autre effet sur ma personne. Quel douceur. J'avais soudainement honte d'avoir eu le privilège de la toucher. Je relevais doucement les yeux et profitais brièvement de cette proximité pour le regarder d'un peu plus près. Je n'avais jamais vu des traits si fins. Même les plus beaux visages de femmes pouvaient aller se repoudrer le nez devant tant de splendeur à l'état brute. Une beauté exotique comme on en croise rarement. Finalement, je ne regrettais absolument plus de m'être endormi, si c'est pour avoir été réveillé par une si belle créature.

Désormais bien réveillé, je lâchais alors cette main et me dirigeais vers une grande armoire entrouverte, non loin de là. Elle était rempli de kimono blanc que l'établissement laissait à la disposition de ses élèves. Je doutais fort d'y trouver ma taille. Mais pour une fois, j'étais heureux de me tromper. Je me saisis du plus grand des kimonos et le pantalon, simplement déroulé, semblait déjà pouvoir recouvrir mes chevilles. Trop heureux, j'en oubliais complètement mes bonnes manières et commençait à me déshabiller. D'abord mon tee-shirt noir, qui me décoiffa un peu plus au passage, en laissant retomber mon grand pendentif à laquelle ma pierre d'ambre était attachée, jusque là prisonnière. Après mes baskets et les chaussettes, je retirais également le jean trop petit pour le troquer aussitôt contre le pantalon blanc. Il n'y a pas à dire, c'était le pied de trouver des affaires à sa taille ! J'enfilais aussitôt ma veste et cherchait une ceinture blanche qui traînait par là attacher le tout. J'ai fait beaucoup de karaté dans ma jeunesse. Je savais donc comment la nouer, à la manière des karatékas. Je vins alors m'incliner devant le tatami, avant d'y entrer et de me présenter devant mon interlocuteur. « Je m'en remets à vous, maître. » Peu importe d'où il venait, à quel montant pouvait être chiffré sa fortune ou s'il recherchait déjà un garde-du-corps à Golden Krone ou pas, je n'avais qu'une envie : qu'il me fasse profiter de son savoir. Je suis plutôt un bon élève quand il s'agit de sport. Je pense avoir trouver là, un bon remède contre l'épuisement du décalage horaire. Espérons que je réussisse à me montrer à la hauteur. Ce qui pour un grand homme comme moi, est une expression plutôt plaisante, je vous l'accorde.
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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   22.06.14 14:41


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Le petit prince se dit que le géant pourrait avoir bien des réponses à ses questions. Pourtant, le géant avait aussi des questions, bien plus que le petit prince. Il ne fallait pas être aveugle pour remarquer le géant perdu. Perdu dans un univers trop grand pour lui. Quel comble pour un géant.

Son accent me surprit ; j’étais plus habitué à celui anglais désormais, ou bien à ceux de l’Europe en général. Je n’ai rien dit sur le coup, même si ça éveillait une certaine curiosité ; il venait de loin, au-delà de la mer peut-être ? Peut-être d’un endroit inconnu de l’Humanité entière, aurait dit ma mère. Ça me rappelait un conte, qu’elle me racontait pour m’endormir. Mais ce n’était plus l’heure des enfantillages. Son accent était aussi inconnu que l’inconnu lui-même, et alors ? J’étais prince, un prince ne se porte pas sur ce genre de détails. Détail apparu autant que sa main tendue.

Joakim Becker. États-Unis. Cela pouvait expliquer ceci. Ceci pouvait expliquer cela. Qu’importe. C’était la première fois que j’avais affaire à un américain de cette envergure…L’Amérique renfermait bien différents types de cultures, d’environnements et donc de personnes. C’était amusant et agaçant à la fois d’y être confronté. Amusant car j’étais toujours surpris, agaçant car je ne devrais pas être surpris.

Le petit prince observa cette main tendue, elle semblait abîmée par le temps, par les années. Et peut-être par la fatigue d’une journée, ou même d’une vie. Quel âge aurais-tu donc dans mon monde ? Se demanda le petit prince. Certainement pas le mien. Tu serais plus vieux, tu aurais souffert l’humanité comme le désert. Mais tu aurais continué à marcher, quitte à en avoir perdu le plus cher. Grand géant est plus perdu que le plus petit de tous les petits princes. Alors ce dernier attrapa cette grande paluche et la serra, avec toute la délicatesse de son rang.

A force, je m’étais habitué à ce type de salutations, bien qu’au début, tout jeune, ce ne fut pas facile. J’ai éloigné ma peau de la sienne, puis détourna le regard quand il se leva. Non, je ne lèverai pas les yeux pour fixer les siens. Jamais. Appelez cette action comme vous le voulez, d’immature, d’impolie, de futile, je m’en fous. Je ne lèverai pas les yeux pour lui parler. Il avait qu’à être moins grand !

Quand il s’éloigna vers l’armoire, je pris le bâton de bois pour le poser à l’horizontale sur mes épaules, derrière ma nuque. Mes poignets pesèrent dessus, comme ma tête, tandis que je suivais la ligne des tatamis en attendant qu’il enfilasse des habits plus utiles pour s’entraîner. D’ailleurs, j’aurais cru qu’il irait se coucher, vue sa tête respirant la fatigue, et sa façon de se tenir sur le banc. De quoi était-il capable pour ainsi devenir mon adversaire ? J’ai posé mon regard sur le dénommé Joackim, dévêtit, en train d’enfiler un pantalon. Je serais toujours surpris de la différence corporelle entre telle ou telle personne, mais pourquoi fallait-il une telle différence ? Je paraissais freluquet à côté…Fragile et sans saveur. Dans un même temps, je me demandais comment il en était arrivé à avoir ce corps.

J’ai serré les mâchoires, me retournant d’un mouvement de cheville pour fuir cette vision. Oui bon, il était bien foutu, je préférais réfléchir sur son rang et sa pierre, une pierre que je n’avais toujours pas vu, plutôt que sur ce - grand - détail. Pourtant, j’étais sûr qu’elle était quelque part, j’étais seulement trop bigleux pour ne pas la voir…Ou peut-être avais-je envie de laisser ce Joackim aussi anonyme que moi, juste pour quelques instants. Anonyme. Non. Je haïssais ce mot.

J’ai levé les yeux au ciel - plutôt le plafond - en l’entendant me nommer Maître. Je voulais lui crier de se taire, d’un ton implacable. Ç’aurait été rude mais véritable. Puis dans un sens, ce nom provoqua un frisson d'envie qui parcourut mon échine. Maître d’Arts Martiaux, un titre que je valorisais plus que celui de Prince. J’ai pourtant lâché la tige de bois pour la faire fouetter dans l’air, allant pousser sa cheville avec force pour le faire tomber au sol.

« Première erreur ; je ne suis pas maître, Monsieur Becker. Je n’ai rien à vous apprendre, comme vous n’avez rien à m’apprendre, et pourtant nous apprenons ensemble. » Je m’approchais en pensant à cette idée qui dessina un léger sourire caustique sur mes lèvres. « Je trouve ça amusant, pas vous ?…Vous pratiquez quoi comme art martial ? »

Si, c’était drôle, n’est-ce pas ? C’était futile. J’ai posé la tige au sol et m’y appuyais tout en baissant les yeux pour le fixer. Là c’était mieux ; je préférais les baisser plutôt que de les lever. Je ressentais une certaine satisfaction de le voir à terre. Je tentais de ne rien laisser paraître, mais je pouvais sentir la lueur briller au fond de mes iris, et je me serais trouvé insupportable à sa place. Que voulez-vous ? J'aimais gagner contre les plus grands, car j'étais le plus petit.

« Maintenant, on va dire que la cause de votre venue dans ces lieux est de vous entraîner avec moi, dans cette salle. Vous savez désormais pourquoi vous êtes venu en ces lieux. » Je finis par jeter la tige plus loin pour ensuite lui tendre la main afin de l’aider à se relever ; aimer voir quelqu’un à ses pieds ne voulait pas pour autant dire l’y laisser. Ma curiosité reprit le dessus : « Vous venez faire quoi à Golden Krone ; étudier, comprendre, servir ?...A part tomber lamentablement sur les tatamis, je veux dire. »

Sourire caustique au point de découvrir ses dents. Pique légère, ou bien effleurement de peau. Le petit prince s’amusait bien, en tout cas il commençait. Un petit jeu léger et sans accroc, avec un géant des plus amusants. Alors sa petite paume se tendait, et il attendait la suite. Il attendait les réponses du géant, il attendait les siennes, il attendait les questions, il attendait sans véritable raison.





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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   22.06.14 22:47


C'est fou comme observer la réaction des autres est un jeu amusant. Je m'y exerce depuis assez longtemps, chez tellement de personnes d'origines et de morales différentes, qu'il est rare de réussir à me surprendre. J'ai pour habitude de m'adapter, en toutes circonstances. Surtout lorsqu'il s'agit de l'un de mes employeurs en face de moi. Avec ses origines ethniques, j'aurais d'abord pensé que, celui à qui j'avais à faire, pouvait être un modeste employé, comme moi. Grave erreur. Ses attitudes et sa témérités venaient de le démasquer. Après tout, ce n'est qu'un minot. Il ne va pas apprendre la vie à un grand gaillard comme moi. L'habitude de la puissance et le besoin de dominé autrui sont des traits caractéristiques des enfants gâtés. Des gosses de riches. De ceux qui n'ont jamais rien acquis par eux-même mais qui ont toujours tout eu. Lorsque d'un coup de bâton, je me retrouvais au sol, je pouvais contempler tant d'émotions dans ce si beau visage. Son agacement à peine voilé, ce silence pesant qu'il avait conservé jusqu'à présent et enfin ce dernier geste dégradant, ne pouvait pas me tromper. «  Première erreur ; je ne suis pas maître, Monsieur Becker. Je n’ai rien à vous apprendre, comme vous n’avez rien à m’apprendre, et pourtant nous apprenons ensemble. » Voilà qu'il me donnait des leçons maintenant. Non mais, quel toupet ! Il n'y a pas à dire, il a du caractère le petit. Sagement à terre, je le voyais se pencher sur son bâton, fier de dominer la situation. Malgré tout ce qu'il faisait, j'essayais de rester neutre au possible. Si j'avais bien retenu une leçon après toutes mes années de bons et loyaux services, c'était de ne jamais, au gros jamais, contrarié celui qui vous paye. Que ce soit n'importe qui. Du plus tendre au plus sadique des employeurs. «  Je trouve ça amusant, pas vous ?…Vous pratiquez quoi comme art martial ? » Non, c'était trop difficile de rester impassible devant un si beau visage. Déjà j'essayais de me rasseoir et sa dernière réplique fit naître un léger sourire sur mes lèvres. Le contempler droits dans les yeux est une expérience plutôt agréable. Je dois bien avouer que tout ça me plaisait beaucoup.

«  Oh quel dommage. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas eu de maître en arts martiaux. » Ma réplique, ironisée par l'agrandissement de mon sourire, sonnait un peu comme un léger air de rébellion. Pas vraiment méchant, pour rester dans le ton. J'étais bien assis et mes mains encerclés mes grands genoux. Il n'y a pas à dire, cette tenue me va vraiment comme un gant. Rien que pour ça, je vais voir si je peux pas m'inscrire à un cours un de ces quatre'. « Du karaté. Mais je me plais un peu mieux dans la bagarre des rues. Sans règle, avec sa survie à la clé. C'est bien dans ce domaine-là que j'excelle. » Je ne suis pas d'un naturel très contrariant. Mais je n'aime pas non plus que l'on me prenne pour un imbécile. Ce n'était certainement pas la dernière, ni la première fois que je me retrouvais à terre. Il est aisé de faire tanguer un colosse comme moi. Puis je n'ai jamais eu un grand sens de l'équilibre non plus. Tu en jouais beaucoup de ça, d'ailleurs, Bro'. Mais je ne t'en ai jamais voulu. Tout comme je n'en veux jamais à personne. Je suis trop « bonne pâte » pour ça. Si on veut que je sois dominé, et bien je le serrais. Si on veut l'inverse, je le ferais aussi. J'agis pour le bien de tous sans jamais m'offusquer de rien. Et l'humour reste ma meilleure arme pour me sortir d'une situation délicate. « Maintenant, on va dire que la cause de votre venue dans ces lieux est de vous entraîner avec moi, dans cette salle. Vous savez désormais pourquoi vous êtes venu en ces lieux. » Il parlait bien. Il n'avait qu'un léger accent très doux et une voix de charmeur de serpent. Ses ordres étaient si plaisant à mon oreille. Et sa manière de me vouvoyer et de m'appeler « monsieur » était une grande nouveauté pour moi qui suis juste un larbin. On ne vouvoie pas un larbin. On ne le considère généralement pas comme un homme à part entière. Juste comme un outil. Cette considération me faisait vraiment chaud au cœur. Je penchais aussitôt la tête, comme pour m'incliner un peu plus, et me soumettre d'avantage que je ne l'étais déjà. « Très bien. » Deux mots bien pratiques pour exprimer son accord. J'ai beaucoup hésité à ajouter un « maître » à la suite. Mais je me suis dit qu'il fallait d'abord que je réussisse à me relever. S'il y a bien une chose difficile pour moi, c'est de réussir à déplier mes grandes guibolles et à retrouver mon équilibre incertain, en démarrant directement du sol, bien trop bas à mon goût. Ce n'est pas la chute qui me déstabilise le plus, mais bien la remonter.

C'est alors que le gamin changea d'attitude. Je le compris bien quand il balança son bâton au loin. Il se désarmait face à moi ? Étrange revirement. Et voilà qu'il t'entendait vers moi une main secourable. Cette fois, il avait réussi à me surprendre. « Vous venez faire quoi à Golden Krone ; étudier, comprendre, servir ?... A part tomber lamentablement sur les tatamis, je veux dire. » Et ma surprise, se traduisit de manière un peu trop vive à mon goût. Puisqu'en saisissant cette main qui m'aida à retrouver mon équilibre, un léger rire m'échappa. Un rire franc, ampli de bonne humeur et de plaisir. Je pense que ma réaction est difficile à comprendre d'un point de vue extérieur. C'est pour ça que je me ressaisie vite, une fois debout, en reprenant de ma contenance. « C'est un bien regrettable talent que je viens de dévoiler là. » J'époussetais doucement mon kimono, légèrement sali et plié dans la chute. Comme s'il s'agissait de mon nouveau costume flambant neuf de garde-du-corps. J'étais presque en train de chercher ma cravate. Mais à la place, j'en ressortais mon pendentif, et le présentait comme s'il s'agissait d'un badge qui pourrait m'ouvrir l'accès à un passage interdit au public. « Ceci, est la pierre de la honte, monsieur. » Je ne voulais pas le froisser. Autant l'appeler « monsieur » ça devrait suffire.

J'étais plutôt fier de moi d'avoir réussi à attirer son attention. Je me raclais une nouvelle fois la gorge, essayant vraiment de retrouver mon sérieux. « L'ambre est la pierre des employés novices. Je suis à Golden Krone pour apprendre à servir, des personnes comme vous.  » Prenant légèrement du recule, je m'inclinais en gage de respect. Mais comme mon petit sourire ironique n'a pas réussi à me quitter totalement, je doute fort qu'il prenne ma révérence au sérieux. Je rangeais ma pierre à l'intérieur de mon kimono et cherchait à m'échauffer légèrement. Je m'étirais, faisait craquer ma nuque puis chaque doigt de mes grandes mains, avant de reporter mon attention sur le bel inconnu au silence d'or. « Vous maîtrisez votre art à la perfection. J'ai rarement vu un tel talent. Et je pèse mes mots. » J'avais enfin retrouver mon calme et mon sérieux, je penchais la tête vers lui, cherchant son regard fuyant. Sans prévenir alors, je lançais mon poing dans sa direction. Tentait un enchaînement soudain et maladroit. Qu'il repoussa avec une grande facilité. Mais je réussissais tout de même à le faire reculer. « Il est difficile de se battre sans regarder son adversaire dans les yeux. » Je n'aimais pas son regard fuyant. Que me reprochait-il au juste ? Je continuais mes attaques, lentes et prévisibles, en ne voyant absolument aucune ouverture dans sa défense. Quand bientôt, le mur se rapprocha un peu plus. Jusqu'à ce que je réussisse à l'enfermer entre lui et ma carrure imposante. Un autre petit sourire en coin réapparut alors, puisque j'étais légèrement amusé de la situation. « J'aimerais bien savoir quel est l'identité de celui que je réussis à troubler si facilement... » Lorsque je fais naître le désir et la fascination de quelqu'un d'autre, je le sens tout de suite. C'est un peu un sixième sens chez moi. Mais au vu de ce que j'ai pu entrevoir de son caractère, je ne pense pas que ma petite manœuvre réussisse à l'amadouer si facilement. Mais... ça valait le coup d'essayer, je trouve ? Après tout, qui ne tente rien …
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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   23.06.14 19:47


« Les enfants doivent être indulgents envers les grandes personnes. »





Avais-je dit quelque chose de drôle ? Se moquait-il de moi, d’un prince ? J’avais le droit de rire de la situation, et j’aurais aimé lui supprimer ce droit ; je ne supporte pas que l’on puisse se moquer de moi. Mais se moquait-il vraiment ? Non. C’était un jeu, je le prenais ainsi, et l’amertume qui aurait du découler de ce sourire qu’il me lançait, de cette tirade, disparue aussi vite qu’elle était venue. Je devrais arrêter de me focaliser sur chaque action, plus minime soit-elle…Non. J’y étais habitué désormais, et ça me permettait de réagir en conséquence. Mieux valait trop analyser que pas assez.

J’ai préféré balayer sa remarque sur le fait d’avoir un maître pour me concentrer sur l’essentiel : « Eh bien partez en Asie, monsieur, c’est là-bas que vous trouverez les vrais maîtres. » Vrais, car cet homme qui se voulait professeur n’était pas un maître en arts martiaux, qu’importe comment les élèves le nommeraient, je ne suivrais pas le mouvement. Il n’a rien à voir avec les maîtres des monastères…Et ça me démangeait de lui mettre les points sur les i.

Le petit prince fut interloqué par la réponse du géant. Combat de rue ? Comme ceux qu’il regardait par la fenêtre dans son enfance ? Les enfants qui jouaient sur les pavés, se jetant des cailloux pour ensuite se jeter dans la boue ; c’était son souvenir des combats ruraux. Il n’y a jamais participé, après tout, c’est un prince, ça ne sort pas du palais pour rencontrer le bas peuple…

Suivait-il les principes du Bushido, en tant que pratiquant du karaté ? Est-ce un art martial que le combat de rue ? Je ne savais pas comment réagir. Et sa réponse soulevait un autre point ; combattre pour survivre. La vie devait être vécue, quelle était donc la sienne pour qu’elle se transforme en survie ? Je ne devrais pas être surpris ; vue sa corpulence et sa peau usée et bronzée, il n’était pas homme d’intérieur. Néanmoins, je croyais les hommes vivant dans les rues moins sociables et plus brutaux que cela.

J’obtins satisfaction quand il fit part de son accord pour son erreur. Il me rappelait moi enfant, curieux. Satisfaction qui redevint surprise, puis agacement. Surprenant ? Ce n’est qu’un homme ! Je suis un prince, un prince ne doit être surpris par un simple homme. Il attrapa ma main et j’ai contracté mon bras pour l’aider à se relever, lui et sa masse. Il était lourd, grand, trop lourd, trop grand désormais…Pourquoi avais-je décidé de le remettre sur pied si vite ? Quel dommage.

Joackim commença à remettre son kimono en place, tandis que je rompais le contact étrange de nos peaux, métaphore de nos vie et cultures différentes, certainement. Je dirais que je l’ai fais car un prince ne touche pas un roturier. En est-il réellement ainsi ? Laissez-moi mes secrets, je ne découvrirais les vôtres.

Il boudait un tantinet, le petit prince. Car il était trop petit face au colosse. Puis il ouvrit ses grands yeux ronds, en voyant cette pierre de la honte. Pourquoi avoir honte de commencer, voulut-il demander, ne vaut-il pas mieux avoir honte de ne pas terminer ? Le petit prince regarda les traits du géant encore une fois, pour les garder en tête, tel un souvenir. Il lâcha un soupir créateur d’étoiles, étoiles qui auraient bien voulu connaître la vie d’avant du géant. Ses traits ne sont pas juvéniles, à lui, se dit le petit prince, alors que faisait-il avant d’entrer dans mon firmament ? Était-ce plus joli qu’ici ?

Monsieur ? Je suis resté impassible ; je n’allais pas le reprendre, il ne savait pas, je n’avais donc pas ce droit. Quel impoli je suis, quel dommage de devoir se présenter si vite…J’aimais la situation d’anonyme caché dans l’ombre, cela attisait l’attention de mon interlocuteur. Mais toute joie a sa fin.

« Des personnes comme moi ?… »

Mes mâchoires se contractèrent sur le coup. C’était sorti tout seul. Il n’y avait pas plusieurs moi, comme il n’y avait pas plusieurs lui. J’étais futile de me focaliser sur ce détail mais ça m’échauffait plus que d’ordinaire. Des personnes comme moi ?! Je suis un prince, ça ne court pas les rues, je suis unique…En tout cas je le voudrais. Mes yeux s’éloignèrent de Joackim et je n’ai terminé ma réplique, car sa fin n’aurait servi à rien. Un sourire apparut juste sur mes lèvres à son compliment. Mais qu’y connaissait-il pour ainsi juger ?…Qu’importe. J’étais au centre de l’attention, c’était le principal. En ce moment, je préférais penser à cela qu’à ma véritable situation. J’étais fort en mon art, il le reconnaissait ; j’étais unique. Je n'étais pas un prince fuyant son pays à cause de stupides révolutionnaires...

Coup de poing. Le petit prince recule d’un pas. Sa main dévie celle du géant ; le jeu avait repris et il n’en était pas aussi maître qu’au début. La réplique du colosse l’agace plus encore que la situation en elle-même. Petit prince est vexé ? Quel dommage ! Mais il ne lèverait pas les yeux pour les planter dans les siens. Le petit prince avait un grand orgueil, certainement trop lourd pour ses frêles épaules.

J’émis un « Tsk ! » allant de paire avec un froncement de sourcils frustré. Je le savais ; toujours regarder son adversaire dans les yeux. Mais ici, je n’en avais pas besoin, il était trop faible. Alors pourquoi est-ce que je reculais ?! Pourquoi ?! Je finis par sentir le mur froid derrière mon dos. Il fallait admettre qu’il était bon au karaté, bien qu’au début, ses mouvements semblaient rouillés, Monsieur Becker avait l’air de les avoir gardé en mémoire. Pour un novice il s’en sortait pas mal…Quelles étaient donc ses autres aptitudes ? Je me demandais même ce qu’il faisait avant de venir à Golden Krone, et surtout pourquoi.

Piégé. Entre le mur et…l’autre mur. La situation n’était pas en ma faveur et ce depuis quelques minutes. Sa remarque me fit serrer les poings. Troubler ? Moi ?! Balivernes ! Lui cracher ces mots, mais un prince ne crache pas, un prince parle avec dignité, contre avec grâce. Sous le coup de la frustration d’être aussi petit, de devoir agir ainsi, j’ai levé mes yeux enflammés de n’avoir ce que j’aurais toujours voulu obtenir ; quelques centimètres et l’attention avec. Je les ai planté quelques secondes dans les siens si noirs, mais pas une seconde de plus. Si Monsieur Becker ne se mettait pas à mon niveau, je devais donc faire en sorte d’être plus haut que lui. Le Zen Huang Do se sert des qualités de l’adversaire pour en faire les siennes. J’ai avancé mes mains comme pour l’attaquer, obtenant le réflexe voulu chez les pratiquants du karaté. Ses bras se tendirent, et si lui était fort, j’étais agile.

Le petit prince semblait devenir oiseau. Ses bras ailés effleurèrent ceux du géant, ses pieds devenus serres s’ancrèrent dans le mur. Ainsi, son visage était à un cheveu du sien, ses cheveux tombant doucement sur celui de son géant amusant. Il pouvait le regarder de haut, comme un vrai prince, murmurant ces mots avec satisfaction et charme mêlés. Dominer était tellement plus amusant qu’être dominé, dans ce jeu-ci. Juste un souffle avant de s’envoler. Ils étaient vieillis par un sentiment âcre et une douleur amère, les belles iris du géant, c’était ce qui les rendaient belles, se dit le petit prince tout chamboulé.

« Je préfère regarder avec le cœur. Les yeux mentent ; vous en avez même cru que j’étais troublé. »

Je fis un salto pour me détacher de ce piège et retrouver le sol. Néanmoins la technique était complexe, et si je devais normalement poser pieds à terre dans le Zen Huang Do, je ne réussis qu’à finir en roulade pour ensuite revenir sur mes deux pattes. J’avais encore bien des choses à apprendre…Et je n’étais pas même à mon monastère pour continuer cet entrainement. J’émis un soupir face à ma propre imperfection, remettant mes cheveux en place. Monsieur Becker n’était pas au courant de cette fausse note, ou s’il l’était il m’aurait réellement surpris. Ce n'était donc pas grave en soi.

Mon corps finit par faire quelques pas avant de se retourner. J’avais bien évalué la distance ; je n’aurais pas à lever la tête pour le fixer dans les yeux et me présenter. Ç’aurait été le comble, et ce genre de détail me permettait de rester de bonne humeur…Ou tout du moins d’être supportable. Le tout est de ne pas paraître méprisant, le tout est de se montrer humble sans pour autant honteux. C’était compliqué de se présenter quand on était prince. Alors Khasei, comment faisais-tu, toi qui était roi ?

« Je me nomme Sanggyae Manhei, de la dynastie Wangchuck, Troisième Prince du Bhoutan. Vous pouvez me nommer Petit Prince, c’est ainsi que font ceux qui me connaissent. »

Légère inclinaison. J’ai ensuite reporté mon intérêt sur Joackim Becker. Je ne devrais pas mentir, pourtant je l’ai fait ; il me troublait, mais je ne l’avouerai jamais. C’était ça le charme américain dont parlaient mes sœurs ? Il ne me semblait pas que le gouverneur d’Amérique m’avait laissé cette impression au Bhoutan…J’ai quitté ses grands yeux noirs en me rapprochant de quelques pas, pour commencer à mon tour de l’attaquer. Quelque chose avait éveillé ma curiosité ; un géant qui dort mais qui sait se battre, un géant pas si jeune pourtant novice, pouvait m’être utile.

« Vous êtes plutôt vieux pour un novice, dis-je dans notre enchaînement de parades et d’attaques, que faisiez-vous avant, en Amérique ? Vous n’êtes pas apparu dans cet avion comme ça. Je remis ostensiblement une mèche de cheveux derrière mon oreille pour le narguer, transmettre ce message : quelle facilité. Je me trompe ? »

Sourire partagé entre la curiosité et la taquinerie, l’amusement et la satisfaction. Ma jambe se leva bien haut pour tenter de frapper son visage. L'ennui ? Je suis trop petit. Non. Lui est trop grand. Je ne tarderai pas à notifier ce problème.





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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   24.06.14 17:54


Rien que pour de nouveau pouvoir contempler ce regard, ça valait la peine que je me donne tant de mal. Ce n'était pas habituel chez moi d'essayer de pousser quelqu'un dans ses retranchements. Les belles pirouettes qu'il effectuait pour contrer toutes mes attaques étaient magnifiques. Son masque est donc bien plus rigide que j'aurais pu le croire. Bien plus agile que je ne pourrais jamais l'être, le voilà qui grimpe pour se hisser à ma hauteur. Avoir son visage si prêt du mien est une sensation plutôt... inattendue. « Je préfère regarder avec le cœur. Les yeux mentent ; vous en avez même cru que j’étais troublé. » Le voilà qui s'envolait pour retomber derrière moi, dans un geste contrôlé et gracieux.  Je me retournais pour le voir s'éloigner de moi. J'avais déjà envie de nouveau le pourchasser. Pourtant je n'étais pas d'accord avec lui.  Les yeux peuvent tout déceler, en particulier le mensonge. Le cœur est aveugle des choses les plus évidentes. C'est sur cette triste pensée que je me retournais enfin complètement pour reporter mon attention sur mon interlocuteur. « Je me nomme Sanggyae Manhei, de la dynastie Wangchuck, Troisième Prince du Bhoutan. Vous pouvez me nommer Petit Prince, c’est ainsi que font ceux qui me connaissent. » Choc. Un prince ? Rien que ça ? Un énorme fossé se creusa alors entre lui et moi. Je pouvais presque le voir s'ouvrir à même le sol, puisque je baissais aussitôt les yeux, cessant de jouer les insolents. Il s'était même incliné en gardant cette élégance qui transpirait dans chacun de ses gestes. Et moi qui pensait que c'était qu'un gosse de riche parmi tant d'autres. Quel idiot ! J'ai bien senti qu'il était différent. C'est peut-être même ça qui m'attire comme un véritable aimant chez lui. Son apparence soignée, ses gestes, ses bonnes manières. Un prince asiatique se tenait devant moi et me considérait comme son égal. Non, ce n'était tout simplement pas possible. Je devais encore être en train de rêver. Et j'imagine que toi, mon Bro', tu dois bien être en train de te fout*e de moi.

Il me sortit de ma rêverie en m'attaquant à son tour, voyant bien que je n'étais pas décidé à répondre quoi que ce soit, tant ma surprise était grande. Il faut que tu te reprennes là, Jo'. Tu as déjà pas l'air très intelligent, ne donne pas raison à ton apparence : une fois de plus. Je me replongeais alors dans ce combat, comme si la chaleur du Texas refaisait surface tout à coup et que je devais absolument plonger pour éviter de cuir. Un coup, un autre. Esquive. Parade. « Vous êtes plutôt vieux pour un novice... » Pour un gosse comme lui, je dois paraître vieux effectivement. Même si je ne pense pas l'être tant que ça. Après tout, je n'ai que trente-deux ans. « ...que faisiez-vous avant, en Amérique ? Vous n’êtes pas apparu dans cet avion comme ça. » C'est un véritable honneur que d'éveiller la curiosité d'un prince. Sanggyae. Quelle belle sonorité. « Je me trompe ? » Il s'appliquait à me narguer en plus. Non, non il faut que j'arrête de l'envisager comme une proie potentielle. Laisse tomber Jo'. C'est un prince ! Toi tu n'es rien du tout ! Cette rencontre n'a absolument aucun sens. Quand son pied se tend en direction de ma tête, je retrouve un léger sourire. C'était assez comique de voir que même avec sa grande allonge, il ne peut atteindre que le départ de mon cou. Je me saisis alors de cette jambe tendue, de ma grande main disproportionnée sur cette cheville délicate, pour arrêter un instant le combat. Mon esprit n'y était pas. Ça n'en valait pas la peine. En le tenant de cette manière, je ne pouvais m'empêcher de loucher sur son torse, tout aussi délicat et incroyablement sexy, à moitié découvert par le kimono. Je déglutis. C'était vraiment atroce de devoir renoncer.

Je finis par le lâcher sans un mot. Cherchant comment je pouvais bien m'adresser à lui désormais. L'appeler « Petit Prince » ? De ma part, c'est encore plus ironique je trouve. Mais tellement affectueux. Peut-être un peu trop, pour un jeune homme qui porte sur ses épaules l'avenir d'un pays. Aussi lointain soit-il. Après tout, c'est lui qui me l'a proposé. Et je n'ai pas réussi à retenir son nom de famille de toute façon. Avec mon petit cerveau vide et endormi. « Non, vous ne vous trompez pas, Petit Prince. J'ai exercé beaucoup de jobs différents avant de venir à Golden Krone. » Voilà une bonne entrée en matière, Jo'. Continue ! Je n'osais pourtant, à mon tour, plus le regarder dans les yeux. C'est fou comme je peux détester mes envies dans ces moments-là. « Mais le métier dont je suis le plus fier, c'est celui de garde-du-corps. » C'était là mon plus grand trésor. Être capable de protéger autrui. C'est bien la fonction la plus utile que j'ai réussi à trouver à ma grande carcasse encombrante. Même si niveau discrétion, j'étais loin d'être le plus efficace, ma simple présence pouvait suffire à dissuader ou à rassurer. Je me sentais à mon aise dans ce rôle. Et au moins, je n'avais qu'à obéir. Une chose à laquelle j'étais bien accoutumé depuis le temps. Je me raclais encore une fois la gorge en croisant les bras sur mon torse, risquant un petit regard vers lui. « Et que vient faire un jeune Prince dans cette académie ? » J'étais curieux moi aussi. Bien que mes ardeurs ont bien été refroidies par la vision intouchable que je me fais de son statut, j'avais du mal à rester concentrer sur sa réponse. Beaucoup de mal. Et ce n'était pas du tout du à la fatigue. Bon sang, Jo' ! Arrête de jouer au con ! Merci Bro'. Tu es toujours là pour me rappeler que ce n'est certainement pas à mes envies de faire la loi. On respire. On pense « karaté » et on arrête ses conneries.

« Plutôt que de se taper vulgairement dessus à ma manière. J'aimerais apprendre quelques unes de vos techniques, Petit Prince. » Oui, ce genre de phrases sortent d'elle-même chez moi. Comme j'ai toujours peur d'oublier mes bonnes idées, je les dis au moment où elles apparaissent. Ainsi, je peux tout de suite voir si elles plaisent ou pas, si elles arrivent au bon moment, ou pas. Je décroisais mes bras pour faire un pas vers lui. Je n'étais pas obligé de le voir uniquement comme un Prince. C'est avant tout quelqu'un qui aime les arts martiaux, tout comme moi. Voilà pourquoi nous nous sommes rencontrés en ce jour. Je dois arrêter de psychoter sur son statut, aussi noble soit-il. Sur un tatami, vêtus de la même manière, nous sommes tous égaux. Ce sera une fois ressortis de ces lieux, que tout va changer pour moi. Pourvu que ce moment n'arrive pas de si tôt.
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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   25.06.14 0:12


« Les enfants doivent être indulgents envers les grandes personnes. »





Prince. C’était déconcertant et amusant de remarquer la réaction des individus, quand je me présentais sous ce qualificatif. Prince. Comme si j’étais maître d’un grand royaume, ou descendant d’un éminent, ou même une relique de l’histoire. Après tout, le monde d’aujourd’hui n’est pas aux monarchies, il était normal d’être plus notifié qu’au temps de cette mode. Néanmoins, c’était déconcertant à quel point les gens changeaient d’habitude. J’ai déjà expliqué à une femme aux yeux remplis d’étoiles mon pays, ma famille, mon rôle de prince. L’étincelle s’est éteinte aussi vite qu’elle est apparue. Pourquoi ? Car le Bhoutan n’est pas connu, car ce n’est pas puissant, car je ne représente rien, pas même un Roi Dragon pour l’instant. A la longue, c’était blessant. Aussi blessant que de voir mon pied à peine effleurer son cou.

En même temps, à quoi je m’attendais ? Quelle honte. Quelle honte pour un prince de ne pouvoir donner ce coup ! J’ai froncé les sourcils quand sa main attrapa ma cheville, quand mon sourire disparut pour venir sur ses lèvres. Il n’osait plus me regarder avant, et maintenant ? Maintenant que je suis tout petit ? Je préférais quand il me regardait, ce Monsieur Becker, car j’étais réel à ses yeux, tandis que là ? Je semblais intouchable.

Instable. Le petit prince se mordit l’intérieur de la joue ; son avis sur la question était instable. Il aimait se sentir intouchable, il n’en est que son rang semblait l’éloigner des regards, et qu’il aimait pouvoir être à la portée des autres, pour les effleurer, autant que se laisser effleurer. Le petit prince se mit à verser quelques larmes, il se mit à pleurer, comme l’oiseau qui s’était envolé. Je ne veux pas qu’on me laisse seul, murmura-t-il, mais il était déjà seul, car le firmament était très grand, plus grand que son géant. Un géant qui s’éloignait, comme les autres. Pauvre petit prince ailé. Au fond, ces ailes qu’il avait déployé, c’était pour mieux se rapprocher.

J’envisageais cette main autrement. Mais un prince ne doit pas penser ainsi, surtout pas dans une salle de tatamis. Si sa paume contre ma peau semblait action naturelle dans un combat, je trouvais ce geste trop chaud, trop nuancé et suave, comme son regard. J’ai levé les yeux pour fixer les siens. Quel faux pas !

Mon regard furibond face à cette situation comique de mon pied n’arrivant à sa tête ne trouva pas le sien. C’était lui qui évitait mon regard désormais, et j’en étais satisfait ; je dominais la situation maintenant, n’est-ce pas ? Alors pourquoi est-ce que cela ne me faisait ni chaud ni froid ? Il me rendit mon pied. Oh, merci. Un pied qui rejoignit l’autre tandis que je croisais les mains derrière mon dos, préférant l’écouter lui plutôt que mes sordides pensées.

Multidisciplinaire ? Le reste fut plus intéressant à mon oreille, un sourire mauvais et charmeur propre à l’homme et non au prince étira mes lèvres. Garde du corps. Non, c’était trop beau pour être vrai. J’ai serré mes doigts entre eux, ma tête fusant déjà vers le plus réaliste, le plus paranoïaque des scenarii. On était seuls dans cette salle, ses agissements, son apparition, ses paroles…Et s’il était un révolutionnaire ? Tout était trop parfait, il m’étranglerait dans mon sommeil. Pis, il m’éventrerait et décorerait l’établissement de mon corps, agissement barbare propre à ces futiles anarchistes. C’était tout à fait possible, n’est-ce pas ?

Le petit prince reprit contenance. Ses métaphoriques larmes se séchèrent aussi vite qu’elles n’étaient apparues. Le petit prince se mit à rire, de ce léger rire de prince, de ce rire qui lui était commun ; un rire jaune et hypocrite qui se moquait de lui-même et de sa futilité. Il était troisième, il n’était pas premier sur la liste des cibles. Son regard se posa sur les pieds du géant, et ses yeux imaginèrent son adoré de frère, son détesté de roi, cloué à un pilori en guise d’exemple, cette vision le peina et l’énerva. Car il aimait son frère, car il imaginait le pire.

« Pendant un instant, j’ai cru que vous vouliez me tuer. »

Je remis en place mes cheveux. J’étais stupide, je devais me raisonner. Il n’avait pas la tête d’un assassin, ni même d’un bhoutanais, et s’il avait voulu me tuer, il l’aurait fait depuis longtemps. Mais le meilleur des arguments était le contact de nos mains. Je me suis brièvement incliné comme en signe d’excuse face à cette pensée ; il était impoli de le prendre pour un anarchiste, je lui devais respect pour sa constitution.

« Pour rencontrer celui que je réussis à troubler si facilement. » Réponse ironique à sa question. Reprenant sa dernière parole qui m’avait fait vibrer, contre ce mur là-bas, et cette fois-ci pour la retourner contre lui. Sourire satisfait sur mes lèvres. C’était lui qui évitait mes yeux désormais, qui risquait timidement un regard. J’aimais cette situation, voir un géant s’incliner face à moi…Cette pensée est insupportable oui, c’est pourquoi elle n’a traversé mes lèvres.

Je me suis malgré tout reculé pour ne pas à avoir lever les yeux, et je le fixais sans me cacher puisqu’il ne me fixait pas. J’avais le loisir de remarquer certains détails laissés fugaces avant. Je continuais plus sérieusement à répondre à sa question, d’une voix absente d’intérêt pour ma situation. On s’y habituait. Vraiment ? Non. Une pointe d’agacement dénotait dans ma situation officielle ; un prince en fuite.

« J’entame une licence Art Martial/Politique ici, pour pouvoir plus tard représenter le royaume de mon frère à l’international. En vrai, il me cache des révolutionnaires actuels. »

Pourquoi cacher une vérité ? Bouddha n’apprend pas à mentir. Et ce Joakim semblait une personne de confiance, j’avais envie d’en jouer. J’ai posé un long doigt sur mes lèvres, ajoutant d’un air trop juvénile et pas assez charmeur à mon goût : « C’est un secret. » Autant jouer avec ce feu, le temps d’une vie trop courte. Si je meurs demain, ne devrais-je pas profiter d’aujourd’hui ? Et cet aujourd’hui est avec Monsieur Becker, fascinant Monsieur Becker.

Le petit prince resta impassible, il se retrouvait, lui et son attitude princière. Il remit délicatement son kimono en place et fixa celui un peu débraillé de son adversaire, silencieux. Il était partagé entre la fierté que lui donnait la demande de son interlocuteur, et la tristesse de devoir refuser. Ah, que faire contre un si adorable géant ?

« Non. » Clair. Doux. Navré. Une voix qui se voulait apaisante et attristé de vouloir refuser. « J’ai fais la promesse de ne pas utiliser le Zen Huang Do autre part que dans cette salle et seulement pour moi. Je ne suis pas maître de cet art, je ne peux donc pas m’octroyer le droit de vous apprendre quoique ce soit. » J’aurais voulu dire oui, juste pour pouvoir garder ce lien avec le dénommé Joakim, me rapprocher un peu de lui, qui sait. Mais un prince ne se rapprochait pas, de plus, je ne pouvais pas contourner cette promesse, c’aurait été trahir Bouddha et le monastère…Pouvais-je malgré tout me rendre moins intouchable, juste le toucher ? L’effleurer du bout des doigts, comme un homme, et non comme un prince. Me sentir homme, humain, faible, sans fierté et dignité à protéger.

« Je peux peut-être vous montrer des techniques de kung-fu. Je viens juste d’apprendre, par contre, ce sera d‘élève à élève…Mais je suis curieux, Monsieur Becker. » J’ai insisté sur les syllabes de son nom, penchant la tête de côté, d’un air intéressé, un air non joué. « Un homme comme vous qui pratique le combat de rue et le karaté, qui est garde du corps, a-t-il réellement besoin d’apprendre quelques humbles techniques ? Vous vous débrouillez bien. Ce problème m’intrigue. » Soulevons surtout ce qui m’intéressait, peut-être qui sait, pour rester en contact, pour le connaître un peu mieux. Mais je dirais pour le plaisir personnel du prince.

« Aimez-vous toujours protéger, Monsieur Becker ? » J’avais du mal à jouer l’inintérêt, je dus donc lui tourner le dos pour cacher mon visage à la mine trop amusée et excitée à cette idée.

Le petit prince s’éloignait par petits pas, montrant son dos frêle et décontracté au géant, attendant avec curiosité et désir mêlés la réponse de ce dernier. Il se convaincu bien mal que c’était par devoir envers le Roi Dragon, qu’il posait cette question, et non pour son plaisir et sa fascination personnelles. Que voulez-vous, le petit prince est un enfant avant tout, peut-on lui en vouloir de réagir par pareil jeu ? Qui aurait cru que le petit prince si agacé par le géant endormi devienne aussi joueur et vivant avec ce dernier ? Dessine-moi un géant !





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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   25.06.14 15:47


«  Pendant un instant, j’ai cru que vous vouliez me tuer. » Pourquoi cette remarque ne réussit à m'étonner qu'à moitié ? Sûrement parce que ce n'est pas la première fois que je l'entends. Parce que malgré tout mes efforts, je garde la tête des sales quartiers d'où je viens. Que si je n'essaye pas de sourire et d'aller vers les autres, je suis catalogué de « mauvais » à cause de mon affreuse tronche et de mes cicatrices. Ajouté à ça ma taille qui dépasse des normes et je suis souvent perçu comme un monstre. Quelqu'un à éviter. Cette remarque semblait tomber de nulle part. Peut-être que lui aussi, avait la fâcheuse manie de dire ce qu'il pensait sans réaliser toujours les conséquences ? Pour la peine, je gardais le silence. « Pour rencontrer celui que je réussis à troubler si facilement. » Ironie du sort, quand tu nous tiens. A cette remarque précise, je me décidais à jeter un autre coup d’œil à son égard. Pour sonder son visage. C'était un jeu bien plaisant à ses yeux que de me retourner toutes mes répliques contre moi. Prince ou pas, il recommençait ce petit jeu de domination par la parole. Pour seul réponse, j'esquissais un petit sourire, en fuyant de nouveau son regard. Le plafond était quand même assez haut. Un peu délaissé à mon goût. J'imagine que personne n'est venu faire les poussières pendant les longues vacances d'été.

« J’entame une licence Art Martial/Politique ici, pour pouvoir plus tard représenter le royaume de mon frère à l’international. En vrai, il me cache des révolutionnaires actuels. » Un étudiant donc. Il est quand même plus vieux que ce que j'imaginais. A vrai dire, je n'ai plus vraiment la notion des âges. Il y a bien trop longtemps que je ne suis plus retourner à l'école. Pour le peu de temps que j'y ai passé en plus... Je plissais les sourcils, me détournant de ma contemplation du plafond. « Pourquoi me révéler ça ? » Il vient de me dire qu'il me soupçonnait après tout. Difficile à suivre, ce Petit Prince. « C’est un secret. » Pourquoi cette remarque puérile, accompagné d'un geste un peu maniéré réussit à me charmer encore un peu plus. Frôlant ses lèvres, je concentrais mon attention sur celles-ci bien malgré moi. Qu'est-ce que tu ferais à ma place, Bro' ? Tu es, de loin, le plus grand coureur de jupon que je connaisse. Et je t'ai suivi de près dans cette voie. Mais aujourd'hui ? Agirais-tu toujours en gosse inconscient, cherchant à tout prix à consommer sa vie avec le plus grand plaisir possible ? Tu aurais certainement changé. Comme moi. Tu te serras assagi enfin, j'imagine. Tu ne serais plus le gosse intenable que tu étais. Et je trouve, quelque part, que ça aurait été bien dommage de te voir changer ainsi.

« Non. » Sa réponse me fait sortir de mes pensées. Ce refus ne m'étonnait guère. Après tout, on est pas obligé de répondre positivement aux demandes d'un simple larbin. « J’ai fait la promesse de ne pas utiliser le Zen Huang Do autre part que dans cette salle et seulement pour moi. Je ne suis pas maître de cet art, je ne peux donc pas m’octroyer le droit de vous apprendre quoique ce soit. » Ces raisons sont plus nobles que je pouvais le croire. Le Petit Prince peut se montrer respectueux parfois apparemment. J'ai tant de mal à le cerner. C'est parfaitement déroutant. Un coup il agit comme un prince, un coup comme un enfant gâté. Mais j'imagine qu'il est les deux à la fois. Comme beaucoup d'enfants de nobles origines, il y a souvent autant de souffrance qui se cache derrière les apparences, que pour les gamins des bas quartiers comme moi. L'humain, quelque soit ses origines, reste un humain. « Je peux peut-être vous montrer des techniques de kung-fu. Je viens juste d’apprendre, par contre, ce sera d‘élève à élève…Mais je suis curieux, Monsieur Becker. » Il me montre malgré tout de l’indulgence. Je me demande bien pourquoi.

Les mains dans le dos, toujours campé sur ma position, tel un soldat « au repos » mais toujours prêt à agir, je garde la tête haute en évitant de le regarder. Même si je peux sentir qu'il profite de la fuite de mon propre regard pour mieux me scruter. « Très bien alors, faisons ça. » Moi aussi je suis curieux et fasciné par votre présence Petit Prince. Un peu trop à mon goût. Je ne sais absolument pas où va bien pouvoir nous mener cette conversation. Mais je suis prêt à parier que tout cela sera fort intéressant. « Un homme comme vous qui pratique le combat de rue et le karaté, qui est garde du corps, a-t-il réellement besoin d’apprendre quelques humbles techniques ? Vous vous débrouillez bien. Ce problème m’intrigue. » Il maniait l'art du langage avec beaucoup d'aisance. Je me mis à penser que ce devait être un fin stratège lorsqu'il voulait obtenir des informations. Et qu'il pouvait facilement exceller dans cette discipline bien mystérieuse pour moi qu'est la politique. A n'en pas douter même. Le Petit Prince était bien bavard à mon égard. Je voyais bien qu'il n'avait pas fini de parler. Et j'imagine qu'on n'interromps pas un Prince, lorsque celui-ci a décidé de parler ? Je le vois se retourner doucement pour finir par me tourner le dos. Curieux, je me hasarde à de nouveau le contempler. «  Aimez-vous toujours protéger, Monsieur Becker ? » Mon cœur rata un battement. Il avait vraiment de drôle de question. Puis un léger sourire refit surface pour montrer mon amusement. Cette attirance semblait réciproque. Sinon, pourquoi s'attarder à discuter de mon triste passé ?

« Un homme comme moi, peut parfaitement avoir envie d'être initié à d'autres arts martiaux. Surtout qu'il y a longtemps que je n'aie pas été considéré comme un élève. » Son compliment m'avait touché mais je n'allais certainement pas lui montrer ma reconnaissance aussi vite. Comme je voyais bien qu'il n'était pas décidé à de nouveau me regarder, je continuais à parler à son dos, dévorant du regard ce corps à la peau trop douce pour mes pauvres mains. « Quand à ma fonction de garde-du-corps, et votre question sur le fait que j'aime encore ou non, assurer la sécurité d'autrui, Petit Prince ; je répondrais que oui. C'est toujours le cas. » Il était si proche et pourtant si loin. Je faisais un pas vers lui en continuant de parler sans vraiment me rendre compte de ce que j'étais en train de faire. « J'en ai seulement eu assez, de manquer de reconnaissance. » Un autre pas, je me rapproche encore. « Assez de jouer toujours les gentils chiens de garde pour une misère. » Je ne suis plus qu'à quelque centimètre, je me penche vers lui, du mieux que je peux pour venir parler plus bras, près de son oreille. «  Assez de mordre sur commande ou satisfaire les moindres désirs de mon maître... sans qu'on ne m'ait demandé mon avis. »

Que son parfum est doux. Qu'est-ce que j'ai du mal à me retenir dans mes élans. Mais enfin, il tourne la tête vers moi et je peux replonger mon regard dans le sien. Il ne fallait pas que je craque pour si peu. Je suis un homme, c'est bien vrai, mais pas une bête sauvage. Tandis que je m'appliquais à faire taire mes pulsions, je continuais de le contempler un bref instant, avant de me redresser et de sourire légèrement. « Votre curiosité est-elle satisfaite, Petit Prince ? » Puis je me mis en garde, pliant bien les genoux, campé sur ma position. « Moi je ne demande qu'à m'entraîner. » Alors, enfant gâté ou noble prince ? Quel visage va-t-il décidé d'adopter pour me répondre ? Ou peut-être vais-je découvrir une autre facette encore une fois inédite. Ou peut-être plus de facette du tout et un homme qui, comme moi, s'assume et ne cherche pas à se cacher ? Hm... Petit Prince, je vous dessinerais tout ce que vous voudrez.
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● petite citation : « Qui pourrait refuser au Petit Prince de lui dessiner un mouton ? Personne, bien sûr ! » ♦️ Petit Prince


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Etudiant en première année sport/étude

MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   27.06.14 23:49


« Les enfants doivent être indulgents envers les grandes personnes. »





Regarde-moi. Pourquoi ne me regardes-tu pas ? Ne me regarde pas. Car c’est comme si tu me craignais, c’est comme si tu me regardais de la plus parfaite façon en ton âme. Pourtant, j’aimerai que tes yeux rencontrent les miens, même si c’est pour voir mon imperfection. Je veux juste exister, je veux juste rester seul le moins souvent. Si les pensées du petit prince pouvaient être dessiner dans le plafond que fixait le géant, il lirait ceci, dans une poussière insipide d’un désir humain, dans ce firmament qui est désormais sien. Le petit prince est un enfant gâté, on ne le dira jamais assez. Il veut obtenir toute l’attention, et dans un même temps, il veut se cacher par épuisement. C’est difficile d’être un prince, encore plus d’être humain, pour cet enfant là.

Monsieur Becker semblait en accord pour apprendre le kung-fu, ce qui me rassura. J’étais agacé par certaines réactions vis-à-vis de mes raisons de ne pas enseigner le Zen Huang Do. On ne me prenait pas au sérieux, pourtant je suis prince, tout ce que je dis et prétends est réel. Mentir est un vice dans ma famille, et nous l’évitons à tout prix sauf pour le bien d’autrui. Mon père m’avait frappé enfant, pour avoir menti, je ne m’y risquais plus. Et bien que la vérité soit parfois abracadabrante et impensable, c’était la mienne, comment pouvait-on la remettre en question ?

Mais ce n’est pas le point abordé ici. Je ne pus retenir un bref rire quant il me donna la raison d’apprendre de nouvelles choses. Un homme comme lui ? Je me retins de poser la question sur la définition d’un homme de sa trempe. En existait-il plusieurs ? Je ne pensais pas. Mais il aurait été amusant de poser cette question…« C’est la première fois que l’on me donne une telle justification à cette éternelle demande ! » La majorité préfère l’objectif au chemin parcouru pour l’obtenir. Qui n’a pas rêvé d’apprendre sans passer par ce long et pénible parcours qu’est justement l’apprentissage ? Et il osait prétendre vouloir obtenir le rang d’élève ? Je préfère celui de maître, car l’élève ne possède rien, si ce n’est la volonté d’apprendre…Était-ce de cela qu’il était question ? Monsieur Becker prenait la fâcheuse manie de me poser des interrogations par le biais de ses réponses. Je n’aimais pas ce pouvoir, il fallait le lui enlever. Ou tout du moins que je m’en libère.

Le petit prince resta figé sur place, la situation tournait dans le sens qu’il souhaitait. Un sourire satisfait étira ses lèvres, à l’entente des paroles du géant. Il aimait toujours protéger, n’était-ce pas une bonne raison pour garder près de soi un ami ? N’était-ce pas une mauvaise raison de s’attacher à ce colosse qui pourrait disparaître comme un autre ? Et s’il volait les ailes du petit prince, ne serait-ce pas trop pour ce dernier ? Le petit prince était partagé : il aurait voulu que le géant n’aime plus protéger. Ça lui aurait enlever une épine du pied.

 Ne me regardez plus, Monsieur Becker. J’aurais aimé qu’il resta à bonne distance, dans un même temps, j’attendais ce rapprochement, comme un désir, un soupir, une respiration. Je me surpris même à imaginer une situation, et c'était trop loin du prince que je devais jouer. Je restais droit comme un i, sentant son souffle contre mon oreille, et je n’osais le regarder. Non, cela devrait être le contraire. Oui, qu’il me regarde. J’aimais être au centre de son attention, mais pas au point de tomber en pâmoison. Ce n’était pas le cas, la colère face à ma propre condition d’humain pris le pas. Pourquoi devais-je être si concerné par sa pensée ?! Pourquoi étais-je si ennuyé de le savoir penché au-dessus de moi ? Dans un même temps, j’éprouvais une sorte d’attraction à cette condition. Cette idée…Je me trouvais repoussant. Un prince domine, un prince n’est pas dominé.

J’ai donc osé un regard en arrière, impassible, inflexible, et tout aussi vivace, un intérêt vivace. Il aimait toujours protéger, voilà une bonne nouvelle, voilà qui m’apportera un élément rassurant dans mon entourage. De plus, vues ses capacités physiques et ce que j’en ai pu tester, il était capable. Mais je reculais face à cette idée, peut-être par la justification qu’il m’avait donné, peut-être car il éveillait effectivement trop ma curiosité, peut-être parce que j’avais peur, justement, de m’attacher à un possible serviteur, et ça jamais, plus jamais…Sa justification ne me plaisait pas, car elle me touchait. J’aurais dû être ce type d’employeur envers Myrth, sans compassion, sans attachement, quitte à ce qu’il me haïsse. Mais au moins, peut-être qu’il n’aurait pas essayé aussi ardemment de me protéger, peut-être n’aurais-je pas pleuré sa mort tel un enfant et non un prince. Monsieur Becker, vos mots me faisaient mal, je ne pouvais les accepter, et même seulement les ignorer.

Le petit prince se retourna, quand il reprit le contrôle sur lui, mais ce n’était pas un contrôle princier, c’était un contrôle humain, sentimental, douloureux, ce vieux contrôle acquis depuis qu’il était en âge de comprendre. Le petit prince observa le géant paré pour une attaque, pour lui apprendre ce qu’il savait…Mais le petit prince savait tellement peu de choses.

J’ai étiré un simple sourire, amusé. « Vous ne demandez réellement qu’à vous entraîner ? » Ma pensée a dépassé mes barrières. Je me tus, prenant responsabilité de mes mots. Si je devais mourir demain…Autant ne jamais avoir de regrets sur ce que je dis ou fais. Je n’attendis pas sa réponse, entamant les mouvements de kung-fu appris récemment avec lenteur pour qu’il enregistre l’enchaînement de coups et pour qu’il puisse se protéger. Et je revenais sur ses paroles, à chaque coup, à chaque nuance son mot, son intonation, sans le quitter des yeux cette fois. Car j’avais désormais le monopole de la domination ; j’étais plus petit, mais j’étais l’élève le plus expérimenté, j’étais celui qui enseignait. « Monsieur Becker, je suis un insatisfait chronique, en tant que prince. » J’ai attrapé un méridien au niveau de son poignet, pour mieux avouer en posant un regard taquin dans le sien. « Et en tant qu’homme. » C’est bien là ce que je hais chez moi.

Je finis par le faire trébucher, puis par rompre le contact de mes doigts sur sa peau, reculant de quelques pas en revenant à ce qui me fâchait. Mais ça allait mieux, j’avais eu le temps de contrôler mes paroles et de me rappeler que garder son calme était une meilleure qualité que d’exploser à chaque instant.

« Bouddha a dit : ne t’attache pas à ce que tu possèdes aujourd’hui, car tu peux très bien le perdre demain. » Je me suis massé le cou, citant machinalement cette phrase en atténuant la douleur de mes doigts. « Vous voulez être riche de reconnaissance, de liberté, de choix et d’existence…Mais pouvez-vous réellement demander ça à un homme ou une femme qui sait que vous risquez votre vie pour la sienne ? S’attacher à celui qui se blesse à votre place est une mauvaise idée, car on est tout aussi blessé. Et tout humain veut éviter la souffrance…C’est mon point de vue. » Je rouvris mes yeux fermés quand je me concentrais pour soulager cette douleur. Allons bon, qu’est-ce qui me prenait de vouloir sortir ces paroles à cet homme. Je ne voulais pas l’endoctriner.

L’enfant observa de nouveau le géant. Il avait encore bien des questions en tête, bien des choses à dire, à cause de l’amertume née dans son cœur, de par son passé, de par cette blessure. Plus jamais, s’était-il dit, plus jamais je ne veux être ami ! Mais le petit prince n’arrivait pas à rester seul, qui le pouvait ? Alors il offrit ce sourire navré et bien fait, ses yeux se voilant de cette même nuance pour cacher celle plus nostalgique et larmoyante d’un enfant devenu grand trop tôt, ayant gardé sa sensibilité, ne pouvant s’en dépêtrer.

« Mais qui peut donc s’empêcher de s’attacher ? On peut toutefois tenter de le cacher. » Je repris un sérieux plus martial, lui faisant signe de s’approcher, pour recommencer ce que je venais de lui apprendre, tout en lui montrer la défense par le kung-fu. D'ailleurs, je remarquais que j'avais moins l'habitude de ce dernier, mes mouvements étaient plus saccadés, j'étais moins parfait. Tsk. Je m’en voulais de trop parler, surtout de ça, surtout de ce que je n’aimais pas. Pourquoi ne pouvais-je pas faire mon hypocrite et dire que j'étais d’accord avec lui ? « Pardonnez mon trop plein de mots. Sachez seulement que je suis heureux de vous savoir encore aimer protéger. J’ai peut-être quelque chose à vous proposer. » Je continuais à penser par cette voie : Khasei se ferait moins de soucis si je trouvais quelqu’un de confiance et capable pour veiller sur moi, bien que j’exécrais cela. Néanmoins, je voulais lui rendre service, et d’une certaine manière, garder Monsieur Becker dans mon entourage. Maintenant que je faisais sa connaissance, je voulais en apprendre plus, bien plus.

Le petit prince lança ce regard humain et enfantin au colosse. Il lui lança un regard de défi, enflammé, mais guère princier. Ce genre de regard qui, quand on le lui lançait, lui effleurait la nuque pour mieux la mordre, l’inciter à vivre, à venir, à devenir humain. Oui, ce genre de regard qu’il aimait lancer, dont il voulait ce résultat sur autrui, ce genre de regard qui était sa meilleure arme, et aussi sa plus puissante faiblesse. Un geste de main, une signification en elle-même ; géant, quand comptes-tu venir ? J’attends ! Et on ne fait pas attendre un prince, ni un enfant, surtout pas un enfant prince !





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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   30.06.14 11:48


« Vous ne demandez réellement qu’à vous entraîner ? » Ce sourire en disait long. Et ses prunelles brûlantes qui me fixaient avec amusement, se détournèrent aussitôt de moi. Tout chez lui m'intriguait au plus haut point. Pourquoi jouait-il avec moi de cette manière ? Pourquoi un coup être curieux et une autre fois chercher à me mettre plus bas que terre ? Sacré Petit Prince. Sans même me connaître, tu es déjà en train de jouer avec mes envies, de me mener par le bout du nez et de me montrer que c'est toi qui est le plus fort. Mais, en es-tu seulement sûr toi-même ? Bro' tu es comme lui. Un caractère de meneur qui se fichait éperdument de ce que pouvait ressentir les autres. Qui avançait en faisant le fier. Qui piétinait ceux qu'ils pouvaient pour se sentir vivant. Mais au fond de toi-même, tu ne savais même pas pourquoi tu cherchais tellement de reconnaissance. Et tu finissais toujours par revenir vers moi. Bien que je sois souvent la première victime de tes caprices. La première personne que tu rejetais quand tu n'étais pas bien. Mais malgré tout tes efforts Bro' : j'ai toujours veillé sur toi. Je ne t'ai jamais abandonné. Sauf ce soir-là. Et tu ne peux pas savoir comme je m'en veux. Raah ! Pourquoi encore penser à ça après tant d'années ! Le Petit Prince se met en position et commence un enchaînement. Je prends son premier coup sans chercher à l'esquiver. Il faut que je me ressaisisse. Les arts martiaux sont un bon moyen d'esquiver ce genre de pensées sombres qui m'envahissaient bien trop souvent depuis mon arrivée à Golden Krone. Je ne sais pas si c'est le fait de retourner dans une école ou d'avoir changé de pays... mais tu ne me quittes plus aujourd'hui, Bro'. Mais quelque part, je suis content de te revoir.

Le combat continue et j'observe sa technique. Plus imparfaite que lorsqu'il exerçait son art, mais tout de même rudement bien maîtrisée. Connaissait-il déjà le Kung Fu ou il ne se servait que des coups qu'il venait d'apprendre ? En tout cas, je suis déstabilisé par ces nouvelles attaques. Ce n'est pas bon ça. « Monsieur Becker, je suis un insatisfait chronique, en tant que prince. » Cette dernière phrase réussit totalement à me désarmer. Il profite de ma surprise pour attraper mon poignet et je sens ses doigts experts appuyer sur un point sensible. « Et en tant qu’homme. » Je plonge avec délice dans ce regard déterminé qu'il m'offre. Pourquoi puis-je y sentir son agacement ? Me révélait-il une réalité qui le dérangeait lui-même ? Alors pourquoi la dire tout haut. Pourquoi me révéler ça. Encore une fois, je ne comprenais pas cette soudaine confiance qu'il me faisait. Qu'avais-je de  spécial pour qu'un Petit Prince s'intéresse à moi ? Et puis, comme à chaque fois que je baissais ma garde devant lui, je me retrouvais à terre. Un bruit sourd sur les tapis souligna ma chute puisqu'une masse comme la mienne ne passait jamais inaperçu, même lorsqu'elle tombait. J'avais trop de question dans la tête, trop de fatigue dans le corps, j'aurais voulu rester à terre pour que cette torture cesse. Seulement, je voulais comprendre. Je voulais donner suite à cet entretien très spécial entre ce jeune homme et moi. Apprendre le Kung Fu n'était qu'un prétexte. Toute mon attention n'est porté que sur lui. Bien sûr que je ne demande pas réellement qu'à m'entraîner. Je ne demande qu'à vous cerner, Petit Prince. Mais j'ai bien compris que la vérité semblait vous faire peur.

« Bouddha a dit : ne t’attache pas à ce que tu possèdes aujourd’hui, car tu peux très bien le perdre demain. » Cette phrase fit naître sur mes lèvres un léger sourire. Voilà qui pourrait parfaitement résumer mon existence. Mais comme je n'ai jamais vécu avec la perspective de l'avenir, je ne me suis jamais établi quelque part. C'est bien la première fois que je décide de retourner à l'école pour progresser dans le long terme et me reprendre en main. Tandis que je me relève, le Petit Prince se masse la nuque. Serait-il gêné de m'avoir encore fait chuter ? Il reprit aussitôt la parole. « Vous voulez être riche de reconnaissance, de liberté, de choix et d’existence…Mais pouvez-vous réellement demander ça à un homme ou une femme qui sait que vous risquez votre vie pour la sienne ? S’attacher à celui qui se blesse à votre place est une mauvaise idée, car on est tout aussi blessé. Et tout humain veut éviter la souffrance…C’est mon point de vue. » Il ne connaît pas seulement les gestes. Il a l'air de manipuler parfaitement la philosophie lié aux arts martiaux. Un point que moi-même n'ait jamais vraiment réussi à saisir. Je clignais des yeux plusieurs fois. A vrai dire, je ne m'étais jamais posé la question. Sans réfléchir, je me grattais la tête. « Résumer de cette manière, c'est terrible ce que vous dites. Mais vous savez... On ne s'attache jamais vraiment à un serviteur comme moi. » Mon accent dénotait tellement avec son discours propre et bien construit. J'avais presque honte d'être intervenu. « Mais qui peut donc s’empêcher de s’attacher ? On peut toutefois tenter de le cacher. » Une fois de plus, j'avais du mal à dissimuler ma surprise. C'était vraiment ce qu'il pensait ? Non, c'était impossible. La plupart de mes anciens employeurs ne m'aimait pas. Prenaient un certain plaisir à me mépriser. A m'utiliser comme une arme efficace et souvent trop encombrante. Et dès que leur fille s'intéressait à moi, je couchais avec pour me donner une raison de partir. Je démissionnais toujours sur le champ : avant la tempête. Pour que l'on me déteste et plus jamais on ne me rappelle.

C'est alors qu'il se remit en position et que je reportais de nouveau mon attention sur lui. Après l'attaque, enfin la défense. Je vais donc essayer de comprendre ces nouvelles techniques. Je n'eus pas le temps de m'y attarder, avant d'être de nouveau surpris par les dire du jeune Prince. «  Pardonnez mon trop plein de mots. Sachez seulement que je suis heureux de vous savoir encore aimer protéger. J’ai peut-être quelque chose à vous proposer. » Je déglutis de manière tout à fait débile et peu discrète. M'enfin mon vieux Jo', il faut te reprendre là ! Je me stoppais net bien malgré moi. Il avait pas bientôt fini de jouer avec mes émotions comme avec une balle rebondissante ? « Vraiment ? Vous en êtes … heureux ? » Paraître plus débile encore aurait été difficile. Je me maudissais souvent : moi et ma petite cervelle. « Je veux dire : je ne vois pas en quoi... Vous venez de me dire que protéger quelqu'un était une mauvaise chose. » Je plissais les yeux, en essayant de comprendre. Mais y'avait rien à faire. Je me frappais doucement le front pour remettre mes idées en place. « Je n'ai pas compris ce geste. Pourriez-vous me le remontrer, Petit Prince ? » J'esquissais maladroitement ce qu'il avait fait pour contrer mon coup de poing. Je n'aimais pas le sujet qu'il abordait. Je n'aimais pas la manière dont tournait les choses. Parce que je n'avais pas envie de devenir son employé. Là était la triste vérité. Je n'avais pas envie qu'il m'utilise comme son propre chien de garde. Je n'avais pas envie de rentrer de nouveau dans ce jeu humiliant. Et pourtant, je savais au fond de moi que j'en mourrais d'envie. Parce que ce sont bien mes futiles envies qui me poussent à rester, à essayer de le comprendre pour peut-être arriver à mes fins. Mes stupides envies.

Je ne veux pas recommencer les mêmes erreurs. Je lui raconte haut et fort que personne ne voulait de moi. Mais je n'ai jamais dit que je n'en avais pas souffert. Que moi je me suis attaché à chacun d'eux. En particulier au dernier, qui m'a poussé jusque dans mes derniers retranchements pour me faire découvrir une part de moi-même dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence... C'est d'ailleurs en grande partie pour ça que je suis resté si longtemps dans ce manoir. Si longtemps auprès de lui. Auprès de celui qui réussissait à me donner l'illusion d'être heureux, parfois. Je poussais un soupir. J'essayais d'imaginer quel tête il avait pu faire quand je me suis enfui de New York vers le premier aéroport pour venir ici même. Je suis sûr qu'il m'en voudrait. Qu'il chercherait à me punir une fois de plus. Mais je ne lui en laisserais plus jamais l'occasion. C'est fou comme je pouvais me perdre dans mes pensées encore plus facilement quand mon esprit était si fatigué et faible qu'en ce moment. « Je suis désolé. Je ne suis pas très attentif. » Je portais une main à mon front voyant le sol trembler quelque peu. Je me rapprochais du mur : au cas où. Je vins bientôt me coller à ce mur, pour être sûr de ne pas tanguer. « Pourrions-nous faire une pause ? » J'avais un si maigre sourire sur les lèvres. Je me sentais soudainement mal... à l'idée de la colère de celui que j'avais laissé derrière moi. Pourtant, j'avais juré de ne pas y penser. Quel sombre idiot je fais.

Moi qui joue les fiers, moi qui ait voulu retrouver mon indépendance, je me retrouvais bien bas. La vérité est que j'ai besoin de me soumettre pour exister. C'est tellement lâche mais c'est comme ça. Que j'aime particulièrement ce Petit Prince qui réussit à me défaire rien que par les mots. Je le regardais de nouveau, avec envie, cherchant son regard pour retrouver un point d'appui. « Avez-vous réellement, quelque chose à proposer à un porteur de la pierre de la honte ? » J'esquissais un sourire, en tentant de reprendre contenance. Mais c'était là un exercice bien difficile. J'essayais de quitter ce mur, j'avais l'impression d'avoir retrouvé mon équilibre. Au moins, pour le moment. « Pour ne pas s'attacher c'est pourtant simple... Il suffit d'ignorer l'homme et de n'en faire qu'un objet, qu'une arme enfin... quelque chose qui pourrait vous être utile. » Bien que ma voix était mal assurée, c'était pourtant une véritable proposition que je lui faisais. Ça pouvait parfaitement être absurde pour quiconque ne connaissait pas le monde d'où je viens. Mais ce n'était que la triste vérité. Et si c'est pour un Petit Prince si charmant, je pourrais bien de nouveau, revivre ce doux enfer dans lequel je me suis tant de fois plongé.
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Etudiant en première année sport/étude

MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   04.07.14 2:01


« Les enfants doivent être indulgents envers les grandes personnes.  »





Pierre de la honte, un serviteur comme lui. Pourquoi se rabaissait-il ? Je n’aimais pas ça. Si quelqu’un devait le rabaisser, autant que ce soit moi. S’il n’y a rien à rabaisser, comment pouvais-je exister contre lui, avec lui ? Je ne disais rien, sur le moment. Et si le jeu me faisait oublier mes problèmes, il semblait les raviver chez lui. Et si le jeu le rendait plus intéressant il faisait naître à mes yeux un agacement. Une pointe dans le cœur. Plus que mon narcissisme effacé par sa modestie, il s’agissait de l’envie naissante, celle humaine à son égard. Une envie que je ne comprenais pas ; cet homme n’était rien…Pourtant il était plus qu’un prince, aussi parfait voulait-il être. Agacement. Chaos. Désir. Taquinerie. Immaturité. Et peut-être impuissance.

Le petit prince est un arbuste se parant de joailleries, des plus beaux fruits. Mais il est en face d’un chêne, plus vieux, à l’écorce abîmée par la vie. S’il était oiseau un jour, le géant était trop grand pour seulement s’en servir de perchoir. Le petit prince comprenait désormais ; comment atteindre un géant si même voler n’y peut rien ? Je ne veux plus être oiseau, je voudrais poser mes mains sur ton front, je voudrais penser à ta place, comprendre pourquoi ce regard voilé éveille ma sensibilité, ma colère et mon égoïsme dégénéré…J’aimerais te comprendre, maudit géant, pour que ces questions et ton visage cessent de hanter mon âme. Si sa vérité pouvait passer ses lèvres, serait-elle aussi futile et enfantine ?

Je repris une pose plus naturelle, l’incompréhension hantant peut-être mon esprit. Ce n’était pas dans mes habitudes de douter que l’on puisse refuser ma proposition. Après tout, j’étais un prince, n’était-ce pas un honneur que de devenir mon serviteur ? Peut-être pas…Car je n’étais pas roi. Et sa réponse ne me convenait pas. Nullement. Aucunement. Pourquoi ne pouvait-il pas sourire et accepter ce poste ? Pourquoi ne pouvait-il pas agir comme les autres ? Juste regarder le prince, et penser à tout ce que ce rang pourrait lui apporter…J’ai serré les mâchoires ; son unicité le rendait donc remarquable à mes yeux. Des yeux qui restèrent inflexibles malgré les mots qui voulaient être crachés, peut-être pour le réveiller, peut-être pour avoir son attention. Car je perdais celle-ci ; plus le temps passait, plus je pouvais observer des années dans ses iris, des évènements défiler, et je n’en faisais pas parti. Je disparaissais. C’était frustrant. C’était effrayant.

« Je suis désolé. Je ne suis pas très attentif. » Mon visage joua l’inquiétude, peut-être la ressentais-je ; ce devait être cette nuance nouant mon ventre. A moins que je ne m’inquiétasse de son refus éventuel ; il n’avait pas l’air ravi…Pensais-je donc toujours à moi ? « Pourrions-nous faire une pause ? » Je n’ai rien dit ; il n’avait pas attendu mon accord pour s’appuyer contre le mur. J’étais partagé entre l’irritation et l’angoisse. Irrité qu’il semblasse si humain et faible sous son apparence, angoissé à l’idée que ça me plaisait, que ça me touchait. J’étais peut-être inférieur physiquement, mais supérieur psychiquement…Pourrais-je croire que je le dominais ? N’était-ce qu’une histoire de domination avec cet inconnu ? Non. Car je voulais justement le connaître. Je suis stupide de m’attarder sur autre chose que mon devoir, que mon pays…Mais c’était pour le bien du Roi Dragon, pour le rassurer, n’est-ce pas ?…N’est-ce pas ?

Il n’arrive plus à se convaincre, pauvre enfant perdu, seul, face à un géant fatigué, absent qui ne pensait plus à lui. Le petit prince regarde ses mains ; s’il vivait dans l’esprit du géant, elles deviendraient transparentes, il disparaitrait. Le petit prince prit son crâne entre ses mains et pleura encore une fois. Disparaître des âmes lui empoignait le cœur. Je ne veux pas disparaître, colosse, je veux la reconnaissance des autres, je veux être vu…Mais ne s’oublie-t-il pas lui-même, le petit prince ? Le grand prince veut tant se faire remarquer par ce qu’il construit, qu’il ne se rend pas compte de ce qu’il fût. Le petit prince va devenir une coquille vide. Le petit prince va réellement disparaître de l’esprit du géant.

« Avez-vous réellement, quelque chose à proposer à un porteur de la pierre de la honte ? » Je le fixais, en silence, depuis le début. J’étais dans mes pensées, Monsieur Becker m’y forçait, et ça ne m’allait pas ; je pensais à lui, non à moi. Il ne le faisait pas même exprès. Sa question me prit à la gorge. Essuyer un refus, moi…Un frisson parcourut mon échine. Mes mains revinrent instinctivement dans mon dos, pour se serrer bien fort, comme un réconfort, plutôt pour me tenir. J’avais tendance à sortir mes épines, quand ça n’allait pas dans mon sens. J’étais prince ; je devais garder mon sang-froid et certainement pas lui donner envie de fuir. « Pour ne pas s'attacher c'est pourtant simple... Il suffit d'ignorer l'homme et de n'en faire qu'un objet, qu'une arme enfin... quelque chose qui pourrait vous être utile. » Mes yeux revinrent aux siens, tandis qu’il semblait reprendre le dessus sur ce moment de faiblesse, moi je devenais faible et incontrôlable. Mes lèvres tremblèrent, Myrth me vint en mémoire. Je prenais ces paroles comme une remontrance, car il avait raison, d’une certaine façon, et ça m’agaçait. Je les prenais aussi comme une proposition qui ne m’allait pas. Si ses yeux reflétaient l’envie, si je sentais un sentiment réciproque naître en moi, en étant sous ses iris, je fis taire cette émotion humaine.

« Balivernes ! » Mes mots avaient dépassés ma pensée. Tais-toi San’, n’en dis pas plus…  « Je vous écoute et j’entends un homme qui se rabaisse, un homme qui souffre d’une amertume longue et pénible. Je vous vois et je remarque la faiblesse et le désir d’avancer, l’opposition d’un homme qui ne souhaite rien et tout en même temps. Je fais votre connaissance, et je parle à un homme, pas à un…un… » Je pris une longue inspiration. « Un objet ! Comment osez-vous seulement me demander maintenant de vous tenir à ce rang tandis que je commence à apprécier l’homme ?! Je…Merde ! » Je repris enfin le dessus...Et j'avais sorti une injure. J'étais tombé bien bas.

Le petit prince prit l’arête de son nez entre deux doigts fins. Il avait envie de casser quelque chose, comme un enfant, un enfant qui veut se donner de l’importance par ses mots, des mots qui n’ont ni queue ni tête, et pourtant des mots pensés, maladroits, qui cachent une blessure récemment creusée. Le petit prince ne veut juste pas être refuser…Reclus…Effrayé. Et se sentir effrayé le dégoûte. Il semble tellement enfant maintenant, devant les yeux du géant. Un enfant gâté, qui voulait paraître grand, désirable, fascinant. Un enfant gâté qui semblait bien plus petit, désireux, et fasciné.

Je fis un geste sec de la main, comme pour signifier de passer à autre chose, que ce n’était pas important. Je venais de perdre tous mes atouts, je venais de lui infliger un aperçu peu appréciable et qui ne jouerait nettement pas en ma faveur. Mais je devais rester calme, serein, comme si j’avais raison…Je ne suis pas en tort, je suis prince, je ne suis jamais en tort. Balivernes. C’était moi désormais, qui sortait des balivernes ! Tsk. Je détestais l’idée que Monsieur Becker puisse me mettre dans cet état, parce que je m’intéressais trop à ce personnage, parce que je voulais effacer la racine de cette amertume dans ce regard, pour y déposer la mienne. Je ne l’admettrais jamais.

Mon ton se refit calme, et ma posture malgré tout rigide. J’ai posé mon regard dans ses yeux si noirs, si captivants, si…Sanggyae ! « Quand je dis quelque chose, je le fais. Quand je propose, je le pense. Ai-je l’air d’un homme sans dignité, sans parole et sans honneur, Monsieur Becker ? » Un silence. Je finis par un sourire contrit de ma propre bêtise. « Je vous ai bien proposé un poste de serviteur, oui, à vous. Si vous avez besoin de quelqu’un pour un test de compétences, je me porte volontaire. Votre présence serait appréciable et utile à mes côtés. A vous de choisir, désormais. » Je pus reprendre le contrôle de moi-même, après ces mots, et j’ai osé m’avancer, même si c’était pour lever les yeux pour fixer les siens. Mon cœur avait reprit son éternelle marche, bien qu’il ressentit un mince tressautement habituel, quand je devais contrôler mes mots moins princiers que d’autres, plus sous-entendus que que certains. « Si cela ne tenait qu'à moi, je ne vous laisserai pas le choix. » J’avais hélas mal joué mon coup, je m’étais montré, je n’aurais pas dû. Je ne contrôlais rien, rien n’était en ma faveur. Mais je ne me mettrais pas à prier pour autant ; cela faisait quelques temps que Bouddha ne m’avait pas entendu.

Le petit prince portait ce sourire coutumier des enfants qui voulaient jouer, qui pensaient bien plus qu’ils n’en disait, en fixant le géant. Si avant il pleurait, désormais il riait. Car rien de tout cela n’est vrai, le petit prince n’est pas, le petit prince a disparu, le petit prince n’est qu’un petit prince parmi tant d’autres petits princes…Comprends-tu ? Tu étais unique et irremplaçable aux yeux du grand enfant, monsieur le géant, car lui est comme tout autre et n’existe que par ces autres. Toi ? Toi...Tu es vivant. Le petit prince se retourna d’un pas dansant, s’éloignant du géant pour se rapprocher de ses propres vêtements.

« Je n’ai plus envie de m’entraîner, Monsieur Becker, j’ai mal à la nuque. » Une phrase légère, une raison futile. Mais j’étais un prince ; toute raison est véritable dans ma bouche. Au fond, je voulais juste éviter son regard encore une fois, être proche de lui, autant pour l’attraction qu’il avait sur moi, que pour mes derniers agissements d’enfant. Je n’avais pas été prince, j’avais fait une erreur, j’avais juste envie de revenir dans ma chambre, d’oublier ce que j’avais osé faire…Mais jamais je ne le montrerai. Et retourner là-bas maintenant, ce serait me replonger dans mes pensées obscures et mes regrets. Je préférais jouer le prince un tantinet, un prince plus humain à ses yeux. « Et puis… » J’enlevais le haut du vêtement, pour enfiler un de ceux pourpre et bhoutanais sur mon dos. Je me suis retourné, installant le bracelet dragon à mon bras en lui offrant un sourire et une pique…amicale ? Ou envieuse ? Désireuse ? Inutile je cracherai. Le regard plus chaud. « Je ne m’entraîne pas avec un homme affaibli, je risque encore de vous mettre au tapis. » Désormais, j’attendais sa réaction, le fixant, l’analysant. J’espérais obtenir satisfaction, dans un même temps, je ne souhaitais pas ; et si je me mettais encore à jouer l’enfant ? Je ne voulais pas, je ne pouvais pas me le permettre. Néanmoins…Pour Jigme…Je devais bien avoir un tel serviteur, non ? Il aurait été d’accord, certainement. Oui, c’était la chose à faire, à penser, à obtenir. Posséder monsieur Joakim Becker.





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MessageSujet: Re: ■ Pour le simple plaisir des yeux ■ pv Sanggyae   05.07.14 15:33


« Balivernes ! » Oh. Surpris, je relevais un sourcil. Mes mises en garde l'avait mis en colère ? Après tout, quand je parle ainsi de mes sentiments, j'en oublie souvent que je peux avoir affaire à un interlocuteur délicat. Qui n'a pas besoin de mon avis. «  Je vous écoute et j’entends un homme qui se rabaisse, un homme qui souffre d’une amertume longue et pénible. Je vous vois et je remarque la faiblesse et le désir d’avancer, l’opposition d’un homme qui ne souhaite rien et tout en même temps. Je fais votre connaissance, et je parle à un homme, pas à un…un… » Même en colère, il manie la science des mots avec une grande habilité. Cette pensée fit naître un léger sourire. Il lit en moi comme dans un livre. Comme toi, Bro'. Cette profonde inspiration en dit long. Perdrait-il patience devant mes remarques ? Ce ne serait pas la première fois que j'exaspère en parlant de moi. C'est un peu pour ça, que j'évite ce sujet. « Un objet ! Comment osez-vous seulement me demander maintenant de vous tenir à ce rang tandis que je commence à apprécier l’homme ?! Je…Merde ! » Que... que venait-il de dire ? J'écarquillais les yeux. Mes propos l'avaient donc choqué... parce qu'il ne voulait pas me rabaisser ? Il n'avait pas l'air spécialement en colère contre moi, juste contre mes mots et les conditions que je lui imposais. Et mes yeux brillaient soudainement d'une belle lueur de reconnaissance. Comme peu de fois on m'en a tant accordé. Mais je sentais que je ne devais pas répondre, lorsqu'il fit un geste sec de la main, comme pour balayer la conversation. Je me rendis compte à ce moment-là que j'admirais ce gosse. Son allure fière et princière, mais son comportement et ses questions de jeune homme curieux et intelligent.

Il m'offrit alors de nouveau la joie de pouvoir contempler ses yeux à la couleur si particulière. Mais il n'avait pas pour autant quitter ce sentiment de colère. « Quand je dis quelque chose, je le fais. Quand je propose, je le pense. Ai-je l’air d’un homme sans dignité, sans parole et sans honneur, Monsieur Becker ? » Il reprenait le ton de l'autorité qui lui allait si bien. Alors, comme j'avais appris à le faire, je m'inclinais légèrement en baissant les yeux. « Non, Petit Prince. » J'imagine que mon attitude a pu lui plaire, puisque je me risque à revenir dans ma position initial pour de nouveau, remarquer un sourire sur ce si beau visage. « Je vous ai bien proposé un poste de serviteur, oui, à vous. Si vous avez besoin de quelqu’un pour un test de compétences, je me porte volontaire. Votre présence serait appréciable et utile à mes côtés. A vous de choisir, désormais. » Quel beau rêve que je faisais là. Mon esprit était de nouveau cotonneux et endormi et cette demande était tellement plaisante, qu'elle ne devait certainement pas faire partie de ce monde. N'est-ce pas Bro' ? J'ai raison ? Comment un prince pourrait avoir besoin de moi ? Pourtant, je le voyais qui se rapprocher peu à peu et confiant. Levant les yeux vers moi et laissant de côté  son autorité naturelle et princière, pour un conseil qui sonnait tout de même comme une très jolie menace. « Si cela ne tenait qu'à moi, je ne vous laisserai pas le choix. » Un doux frisson s'empara de mon dos alors que je réalisais ce que je venais d'entendre. Cette sensation réussit à me réveiller tout-à-fait. On... on voulait vraiment de moi ? De mes services ? Pour... pour ce que je suis et pas seulement comme une arme ou un bon chien de garde docile ? C'était tout bonnement invraisemblable. J'avais envie d'en rire, de me pincer, de véritablement me réveiller pour que l'on me prouve que c'est vrai.

Mais déjà mon Petit Prince s'éloigne pour se diriger en dehors du tatami. Sans réfléchir, je le suis, intrigué par la suite des événements. « Je n’ai plus envie de m’entraîner, Monsieur Becker, j’ai mal à la nuque. » Il avait employé ici un ton suffisant, qui était sans réplique. Après tout, les justifications d'un prince sont toujours bonnes ? Je gardais mon grand sourire reconnaissant qu'il ne voyait pas. Puisqu'il me tournait le dos. « Très bien, arrêtons-nous là. » Quand je le vis alors retirer son haut pour découvrir parfaitement son torse, mes yeux le suivirent tout naturellement, le dévorant instantanément du regard. Même si... Maintenant que je savais que c'était un prince, il fallait que je me résolve à l'idée de ne pas pouvoir le toucher. Me contenter du plaisir des yeux, ce n'est déjà pas si mal après tout. Avait-il fait exprès d'ignorer les vestiaires tout comme moi ? Je secouais doucement la tête. Peut-être n'était-il pas pudique devant un serviteur. Puisque c'est ce qu'il veut que je devienne : son serviteur. Je répétais ce mot, plusieurs fois. Servir un Petit Prince, ce serait une belle expérience à ajouter à mon CV c'est une évidence... « Et puis… » Lorsqu'il se retourne vers moi, vêtu d'un vêtement qui m'était parfaitement inconnu, je ne pus m'empêcher de penser que à lui allait à ravir. Cette couleur se mariait particulièrement bien avec ses yeux. Il installe alors un bijou à son bras et je découvre petit à petit le prince qu'il est vraiment. Le soin qu'il apporte à son apparence. Que lorsque l'or se pose sur sa peau, c'est en aucun cas le bijou que l'on remarque mais bien lui et son charme princier. «  Je ne m’entraîne pas avec un homme affaibli, je risque encore de vous mettre au tapis. » Je lui rendais son sourire. Venant passé ma main le long de ma mâchoire, comme à chaque fois que je suis embarrassé de quelque chose. « Vous le saviez pourtant dès le départ, que je n'étais pas dans mon assiette. » J'essayais de lui rendre l'amusement que j'avais pu lire dans ses yeux.

Je m'inclinais alors pour sortir du tatami à mon tour. Plus proche de lui, je posai alors un genou à terre avant de doucement venir prendre sa main à laquelle il venait d'ajouter un bracelet. Un vrai baise-main, se fait sans contact de la bouche sur le dos de la main de la personne qui le reçoit. Encore une règle récemment apprise que j'essayais d'appliquer. Je baissais la tête sur cette main chaude à l'odeur si enivrante, avant de relever les yeux vers mon interlocuteur. « Merci Petit Prince. » C'était des mots simples mais qui venait du plus profond de mon cœur. Dans le sourire que lui offrait, je lui montrais ma gratitude. Je repris appuie sur cette jambe pour me relever lentement mais sûrement avant d'ajouter. « Je suis très sensible à toutes les belles paroles que vous m'avez accordé. Je... Et je me réjouis de savoir... que vous me souhaitez à vos côtés, Petit Prince. » J'étais tellement moins habile que lui. Je me désespérais tout seul à chaque phrase maladroite que je faisais. Alors que j'allais près du banc où reposait encore mes affaires, je m'appliquais à éviter de le regarder alors qu'il terminait de se changer. Nous sommes deux hommes après tout, pourquoi est-ce que le voir se changer me gênait ? La raison est simple. C'est que je suis un homme qui désire les belles personnes. Et mon Petit Prince est une personne magnifique. J'évitais de le regarder aussi parce que je me sentais rougir. J'étais à la fois reconnaissant et impressionné. A la fois désireux de découvrir une autre parcelle de sa peau parfaite et honteux de me dire que c'est un prince et qu'il ne doit certainement pas avoir des pensées aussi... impudiques que les miennes.

Tandis qu'à mon tour, je me changeais en retirant d'abord le bas et remettre mon pantalon trop court, très occupé à regarder le mur, j'essayais de reprendre un peu cette conversation qui allait bientôt, toucher à son terme. Et cette idée m'attristait un peu. « Cependant, comme je suis un novice... Je ne vais pas pouvoir faire de tests tout de suite... si j'ai bien compris le discours de la directrice de ce matin. » Alors que j'étais torse nu, je me risquais à me tourner à nouveau vers lui, en espérant qu'il est fini de se changer. Je lui adressais un petit sourire navré. « Mais dès que mes professeurs m'en donneront l'autorisation, je me tournerais vers vous, Petit Prince. » C'était une véritable chance pour quelqu'un d'inexpérimenté de savoir qu'un potentiel employeur voulait bien l'aider à obtenir ses diplômes. Mon cœur bat si fort à l'idée que quelqu'un m'ait déjà accepté que je sentais que j'allais pouvoir garder pour moi ce joli secret le plus longtemps possible. Parce que s'il veut de moi, c'est qu'il ne prendrait pas un autre serviteur ? Je ne pense pas. Que s'il voulait de moi, c'est de moi seul dont il avait besoin, hum ? Et … et cette idée me réchauffait secrètement le cœur. Une fois mon tee-shirt de nouveau enfilé et le kimono rangé dans le bac prévu à cet effet, je vins ouvrir la porte au Petit Prince pour le laisser passer, mon sourire gravé sur mes lèvres. « Après vous, Petit Prince. » Puis je m'inclinais très légèrement, posant ma main droite sur mon cœur. « Je suis vraiment très heureux d'avoir pu m'entraîner en votre compagnie. » Par politesse, je fermais les yeux, attendant une réponse en restant dans cette position, peu confortable, mais digne d'un serviteur. Il fallait que je m'y habitue après tout. Je suis venu à Golden Krone pour avoir un peu de reconnaissance mais surtout pour progresser ? Et cette première expérience est bien au-dessus de mes espérances. Je ne me permettrais plus de regretter ne serait-ce qu'un instant, l'idée que je ne puisse pas avoir ma place dans cet établissement.
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